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Quiksilver Bowlrider 2003
Skate 03/06/2003 Quiksilver Bowlrider 2003
Il faudra bien un jour se rendre à l'évidence. Le bois ne sert à rien sur un skatepark.
Cracher dans la soupe.
Ça fait maintenant un petit moment que je travaille dans le skateboard et comme dans tous les domaines, il faut une progression, ou du moins de la nouveauté pour avoir l'impression d'avancer. Pour éviter de devenir blasé. Vous me direz que blasé, on l'est ou on ne l'est pas. Ce n'est pas vraiment un état qu'on atteint. C'est plutôt un tempérament, un comportement général. Il est des personnes qui jamais ne sont lassées, qui ont le goût et le sens de la découverte ou de la redécouverte perpétuelle, comme Tony Hawk. Ou comme Francis Lalanne qui s'émerveille à chaque éclosion d'un bouton de rose. Mais moi, c'est pas mon truc la reconnaissance des bienfaits de la nouveauté, le positivisme. Réactionnaire en puissance, je suis désabusé de naissance (ou d'adolescence). Critiquer tout et rien, avant même de comprendre réellement quels sont les tenants et les aboutissants, ça c'est mon truc. Voir tout de suite le mauvais coté des choses, imaginer instantanément les conséquences négatives de telle ou telle action, ça, ça me fait du bien.
Ben Krahn. Chris Senn.
 
Donc, une fois de plus, en prenant le train pour Marseille, j'emmenais mes préjugés avec moi. C'est ce que je fais toujours, mes préjugés, je les emmène partout, c'est certainement la seule chose que je n'oublie jamais le matin. Je me disais qu'étant donné la situation du monde en ce moment et la régression systématique des libertés, du niveau de vie, de la solidarité, du simple concept des mots comme « mutuel » ou « gratuit » ou encore « aide » et l'augmentation en flèche de leurs contraires, le Bowlrider de cette année serait certainement moins excitant que celui de l'année dernière. D'autant que l'apogée du ravissement avait été atteint en 2002 et on ne peut qu'être déçu par la suite. Si on a vécu le meilleur, ne reste que le pire à venir, n'est-ce-pas ?
Surtout que mes préjugés en ce qui concerne Marseille, avaient trouvé un fondement dans le fait que ma voiture avait été bien involontairement allégée lors d'un précédent voyage. Mes appareils photo et objectifs personnels ne porteront plus jamais mes empruntes digitales...
 
Moui, raconte-nous ton enfance.
Mais j'avais passé une sale semaine avant d'arriver à Marseille, et le simple fait de descendre du train et me retrouver sous le soleil de plomb caractéristique de la région a tôt fait d'absorber mes réticences. L'arrivée sur le park du Prado confirma doucement le changement psychique et physique qui s'opérait. Micky Iglesias l'avait aussi compris, et c'est pour ça qu'il m'accueillait avec un bs one foot sur le hip. Je n'ai pas compris tout de suite son message. C'est Manuel Palacios et Alain Goikoetxea qui se chargèrent de transmettre de manière plus claire. La gueule de beau gosse sur les épaules du premier et les nollies transferts du second mettaient les choses au clair : les espagnols sont venus en force et comptent bien se marrer un coup en France. Le fait qu'ils soient pour la plupart chez Quiksilver n'y est sûrement pas étranger. Mais qui se plaindra ?
Manuel Palacios. David Marteleur.
 
Ring of fire.
Le fait que les espagnols soient là, c'était déjà un bon présage, ça voulait dire que le grand bowl allait se faire déchirer tout le week-end, ça voulait dire aussi implicitement que j'allai revoir le bs 360 (sans les mains) de Javier Mendizabal sur le hip. Bing, gagné, il l'a encore affiné et ce tricks et d'une pureté sans égal. Tout comme les runs des espagnols d'ailleurs. Aucun autre skater ne fait des runs sans mettre la main à la planche. Ça, c'est du vrai skate. Et pas du snowboard. Enfin, tout ça, c'est gentil mais les américains, ils sont où ? Chet Childress n'est pas présent, Neil Heddings non plus (et pour cause...), Donny Barley idem. Tiens heureusement, je vois Alan Petersen qui découvre le wall et.... c'est fini pour lui, il vient de se faire une cheville. Pas de Petersen ce week-end. En tout cas, les soucis s'évanouissent. La Reine d'Angleterre disait que pour oublier les turpitudes de la vie, le mieux était de marcher dans des chaussures trop petites. J'ajouterai qu'un Bowlrider est une très bonne thérapie aussi.
En parlant d'anglais, un seul représentant de la Couronne était présent au Prado, il s'agissait d'Andy Scott. Et le moins qu'on puisse dire est qu'il n'avait pas volé sa place en demi-finale. On n'a pas beaucoup de footage de lui, parce que c'est impossible de tout filmer sur 3 jours, mais ce gars a pas mal foutu le bordel chez les favoris des poules de qualif.
Javier Mendizabal. 360 back. Julien Benoliel. Outsider valeureux. Crooks.
 
Un autre que personne ne s'attendait à voir faire trembler les ténors, c'est Julien Benoliel. Un garçon du coin. La relève d'Alex Giraud (qui s'est cassé le poignet) est amplement assurée. Julien a été sidérant pendant tout le week-end. Il termine premier de sa poule en qualif, et c'est loin d'être usurpé. De la hauteur, de la technique, de l'engagement, une fluidité impressionnante, j'étais vraiment sidéré par ses tentatives originales, comme le nose grind du snake au moyen bowl. Il ne sera évincé qu'en quart de finale en tombant dans la poule la plus difficile. Chose qu'a évité son compatriote Mehdi Salah. Pour la première fois, un français est en finale du Bowlrider. Mehdi semblait déterminé à briller ce week-end. Ce fut fait. Il tombe peu, il connaît le bowl par coeur, il vole sur le hip (il est le seul à avoir passé le flip indy au milieu d'une line), il rentre tous ses tricks, dont un nose blunt slide sur la face opposée du moyen bowl. Voilà pour les compliments, les images de la vidéo parlent d'elles-mêmes.
 
Fini les histoires, fini les cauchemards.
Voilà même pour les récits factuels, en fait. C'est chiant de raconter un contest. On pourrait ne pas s'arrêter de parler des exploits de tel ou tel, de se réjouir de la présence du canadien Alex Chalmers et de son transfert de la raquette au hip, de la fluidité de Steve Bailey, de la présence de légendes telles que Tony Alva et Natas Kaupas, de l'inflexibilité d'Omar Hassan, du putain de style à papa de Ben Krahn qui est finalement récompensé par une victoire au classement cumulé des épreuves de bowl organisées par Etnies, des sessions de 11h du mat' à 20h le soir, de la bière (pas fameuse de Fosters, mais qui a le mérite d'être offerte), de la constance métronomique de Brian Patch, de l'instinct de Mendizabal, du super quart de finale de Marc Haziza, de l'amplitude d'Alex Cochini sur le hip, de l'aisance de Chris Senn dans toutes les parties du bowl mais on va juste stopper là pour parler du truc le plus caractéristique de cette épreuve : Le skateboard sur du béton.
Alex Cochini. Brian Patch. 270 tail tap.
 
Parce qu'en fait, tout est là. Ce n'est pas seulement les couleurs et le soleil qui donnent son cachet à ce contest. Ni le fait d'y croiser des stars internationales du skate. Non, ce qui marque, c'est ce bruit de roues qui crissent sur le sol dans un grand hhhiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii. Le bruit du tail qui claque sur le coping, du truck qui grinde et qui quitte le métal pour repartir avec des petits morceaux de ciment. Et ne croyez pas que ce sentiment est une illumination d'hurluberlu. Parce que le skate sur béton induit une attitude et un style tout à fait particulier. Une certaine essence du skate qu'on ne trouve plus vraiment dans les contests classiques, c'est-à-dire en skatepark. L'approche de la pratique se voit modifiée. Il n'est pas question de rentrer le dernier trick à la mode, puisque par définition, le bowl n'est pas vraiment à la mode. S'il persiste encore un peu dans les magazines, ce n'est que parce que la diversité est une obligation. Le skate en bowl est bien plus une question d'instinct et de touché que de répétition d'un geste.
TNT. 5-0. Alex Chalmers. Transfert...
 
SOTY...NT
A ce titre, Tony Trujillo est le représentant le plus évident de cette tendance. Il skate sans même savoir quel tricks il va passer. Il se sert du terrain et invente à chaque seconde de quelle manière il va pouvoir l'utiliser. C'est d'autant plus frappant qu'il est extrêmement doué. Ce à quoi il réfléchit, il le passe quelques instants plus tard. Et sans effort apparent. Le plus étonnant avec lui (et ce qui explique tout ce qu'il lui arrive en ce moment), c'est qu'il réconcilie plusieurs génération de skaters en compilant des qualités de old school en courbe et de modern en street. Qui est capable aujourd'hui de passer un invert, suivi d'un nollie heel shove-it ? Encore, une fois, ses prestations durant le week-end ont enchanté le public. Pas seulement parce que ce qu'il fait est technique et engagé, mais parce qu'il a le skate en lui, que son sourire le galvanise et donne au skateboard une dimension qui a tendance à se perdre : la simplicité.
 
Malheureusement, la tension semble l'avoir rattrapé en finale. Peut-être à cause de la pluie et de quelques tricks ratés. Omar Hassan en a profité, avec une jam de folie en finale, il mérite sa victoire (notamment grâce à un flip dans le grand bowl et un transfert to boardslide reverse au dessus de la raquette), elle est indiscutable mais ce n'est pas ça que je retiendrai. Ce que je retiens, c'est qu'il nous faut des parks en béton en France. Et que le DJ était vraiment pointu cette année.
Omar Hassan. pivot. Chris Senn. Fs rock.
 
Résultats :
1st Omar Hassan
2nd Tony Trujillo
3rd Alain Goikoetchea
4th Alex Chalmers
5th Chris Senn
6th Ben Krahn
7th Brian Patch
8th Mehdi Salah

Best trick : TNT avec un Five-0 sur le wall.
Best Transfert : Alex Chalmers avec un transfert de la raquette au hip.
Best Line : Julien Benoliel avec bs tailslide, double transfert.
 
Pif
 
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