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| 26/07/2006
Il y a de la vie là-dedans
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Régression positive. |
Ce texte était en édito de la lettre d'info de la semaine dernière.
Un morceau à écouter avec l'article : Mercury Rev en live (black session).mp3.
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Les occasions ne sont pas nombreuses de faire sauter les verrous de la réalité pour avoir la possibilité de se découvrir. Se découvrir sous un jour différent. Honorable cette fois. Bien plus honorable que l'image que la société nous renvoie de nous-mêmes quand elle pose son regard sur notre façon de vivre. Etre défini par des archétypes, des idées de nous-mêmes, qu'on se crée, ou dans lesquelles on est enfermés de force. Des conventions inodores, incolores. Des modes, des obligations, des responsabilités. La vie en société est une prison, la ville une cellule. Les jugements des sentences. La télévision un opium. A ce titre, il y a des comportements en société qui font vraiment penser à du bétail dans un champ. N'importe où en France, l'homme qui est habillé en chemise, avec une belle femme au bras, et une voiture qui brille sous le soleil, celle avec des jantes alu de 17 pouces dégagera cette condescendance de celui qui a réussi. Et qui peut expliquer sans rire comment la France doit se comporter. Parce que lui il sait. Ça se voit, il l'écrit avec sa démarche, c'est peint dans son œil quand il regarde l'homme en casquette, mal rasé, tee-shirt coloré, short et pieds nu. Lui est grand, l'autre est petit. Lui est une créature savante, l'autre un naïf. Lui une réussite divine, l'autre une statue d'argile mal façonnée. Lui est sûr, l'autre doute. Et le doute est un défaut aujourd'hui. Tout comme l'ennui, ou l'isolement. Il plait à l'homme bronzé carotte de ne pas découvrir ses dents blanches devant l'homme de condition inférieure. Pourtant, qu'est ce qui sépare l'échec le plus cinglant de la réussite la plus enviable ? Le cynisme ou l'absence de doute ? La chance, peut-être.
Aux USA, les étudiants de bourgeoisie moyenne sont tous à fond de dent blanche. Et de chirurgie esthétique. Ce sera l'ordre nouveau. Porter sur soi le gage de la propreté intérieure, la dévotion aux valeurs du travail, de l'argent et pourquoi pas un peu à la nation. Parce qu'il faut toujours un peu de croyance mystique pour vivre ensemble dans ce monde. En plus, tout ça, ça rapproche dans les diners. La critique des autres. Je mélange tout, hein. Ce n'est pas intentionnel, pas d'inquiétude. C'est la tourmente.
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Dans un autre champ, au sens littéral cette fois, ce week-end avait lieu un festival de musiques modernes. Un festival de ce genre ressemble toujours à une peinture parfaite de la condition bestiale de l'être humain. Chacun converge vers son animal intérieur, et celui-ci résume ses besoins au strict minimum vital en vigueur sur cette courte portion de temps de 3-4 jours : écouter de la musique très fort, se défoncer au maximum, dormir, manger, tenir debout. Dans l'ordre. Et lentement si possible. 4 jours de concerts, un camping où on ne peut pas tirer les tendeurs puisque chaque tente est collée l'une à l'autre. 4 points d'eau pour 30 hectares. Un bruit permanent de radio crachotante ou de tam-tam sans talent. 25 tonnes de déchets quotidiens. L'odeur de pisse. Les 30° de température à 11h du matin, et le mal de tête combiné de 10.000 personnes achèvent de donner à cette marmite des allures d'apocalypse biblique. Le degré 8 de la décadence, sur une échelle de 10.
De son Porsche Cayenne, voir 130.000 débraillés se suivre dans la poussière, déambulant lentement pour combler la route qui sépare la voiture de la bouteille de rhum (dans la tente, merde), ce qui veut dire 1 heure au bas mot, ça le ferait presque rire s'il ne trouvait pas ça si désolant. Il a même une pointe de mépris en constatant que les jeunes de son pays sont prêts à cramer le peu d'argent qu'ils ont dans des activités si autodestructrices. Vu de loin, c'est un sacré gâchis. Ça fait même peur pour l'avenir. Cette fuite de la responsabilité.
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Vu de l'intérieur, c'est pire que ce qu'il peut croire. Les règles de ce jardin ne sont pas les mêmes qu'en ville. Une cité autarcique dédiée à la fête. Où même les vigiles sont agréables et permissifs. Où même la police ne sanctionne rien. Un village où la possession n'existe pas et où le partage est le principe fondateur. Partage de peu. Mais très grand partage. D'un café, d'une demi-brioche, d'un verre, d'un peu d'ombre, d'un mouchoir en papier, d'une discussion, d'un rêve. Peu de besoins, peu de propriété = beaucoup de liberté. Dormir quand on est fatigué, hurler quand on a de la voix, manger quand on a faim, boire quand on a soif, pisser quand la vessie est pleine, et marcher ensemble sur un fil tendu par quelques artistes troubadours de première classe. Rencontrer, sourire, laisser passer du temps, en silence, s'ennuyer, mettre des heures pour se décider à une action minime. Laisser passer le temps. Le poids du regard des autres devient une plume. C'est la bienveillance qui se cache derrière les beaux yeux de ces compagnons de fortune, bien sûr. Sous cette couche de crasse bat un gros cœur. Qui s'exprime trop peu dans sa ville. Le cœur a besoin d'espace et de dénuement pour parler. Et c'est précisément sur un champ d'immondice, dans une saturation sonore, et des hectolitres de vomi qu'il choisit son moment. Etonnant, non ? Quand la beauté de l'âme se révèle dans l'horreur du décor, ça donne envie de rire. Et d'espérer. En constatant que ce week-end, 130.000 personnes n'étaient pas devant leur télévision.
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Texte : Pif. Photos : Richard P. Le festival : Dour, Belgique.
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