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| 11/04/2007
L'esthétique et le sport
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L'analyse du pauvre, ce sont les amis qui en pâtissent. Souvent autour d'une table... Au delà de l'aspect amusant de texte, on peut relancer le débat sur l'esthétique dans le sport. |
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Vanessa Paradis - natural high.mp3
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| 19h50 |
A la question de savoir si le skateboard est un sport, il faut reconnaître que personne ne tranche de manière décisive. Et a priori, cette question pourra rester ouverte très longtemps puisque le skate est le sujet de plusieurs approches contradictoires et/ou compatibles. Le skate n'est pas un monolithe et puisqu'il existe depuis 50 ans, les influences et les personnages qui marquent son évolution sont multiples.... -C'est pour moi, celle-là. ...Le renouveau du street à la fin des années 80, avec le comportement de réappropriation qui l'accompagne atteste bien d'un éventail d'approches assez large. Voir à ce sujet, le prochain documentaire qui sortira sur Steve Rocco (très modestement intitulé « The man who souled the world », sortie prévue aux USA en Juin) qui nous apprendra certainement beaucoup. Voir aussi un autre documentaire, « Rising Son », sur Christian Hosoi, cette fois, qui sortira à la même période. Un sport suffisamment atypique pour qu'on y consacre des documentaires sur les personnalités de son histoire, comme on le fait plus souvent pour la musique que pour la natation, c'est étonnant, non ?
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Gravediggaz - constant elevation.mp3
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| 20h22 |
Difficile de savoir si la notion d'art, pour parler de la pratique du skateboard est apparue dès le début ou s'il y a eu un effet de glissement à cause de ceux qui veulent absolument poser des mots sur l'action. On peut toujours critiquer ce comportement qui pousse à intellectualiser une pratique, qui, par essence, relève du jeu et de l'effort physique mais tout skateur s'est déjà senti dans cette position qui le situe comme artiste plus que comme sportif. D'une part parce que l'art se définit par sa dimension esthétique et d'autre part, parce que qu'il est « l'ensemble des gestes précis concernant une pratique maîtrisée entre la science théorique et la pratique spontanée »...
-On en reprend une ? Si, t'en as besoin, toi.
...Un cadre dans lequel le skate entre facilement. A partir d'un certain niveau de pratique, certains gestes deviennent spontanés en skate, le ollie, le five-O, le half cab par exemple, ne constituent plus des challenges et peuvent être réalisés sans préparation. Plus le niveau augmente et moins les tricks sont forcés et conscients. Il y entre d'autant plus que les notions d'interaction et d'échange inhérents à l'art se retrouvent très directement dans le skate : Que ce soit à travers la vidéo ou la session, le skateur propose un ensemble de formes, de mouvements, de couleurs et de volumes qui sera interprété par les spectateurs. |
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Will Oldham - Stable Will.mp3
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| 20h56 |
Là où le skateboard se différencie du foot, ou de l'athlétisme, c'est dans sa recherche égale de performance et d'esthétique. Encore que cette attitude change depuis peu en football, en France (Merci Zidane) et est intégrée depuis plus longtemps en Italie, au Brésil ou en Afrique. Il reste des équipes qui « jouent » au foot, quand d'autres « font » du foot...
-Vous parlez de quoi, les hommes ?
-Politique.
-Foot.
-Philo.
-Je sais pas.
-C'est un monologue : y en a qu'un qui parle, les autres subissent...
-Ok, bon courage, les gars...
...Par contre, la recherche du beau geste n'est possible en foot que si elle est accompagnée de la réussite. Ce qui est beaucoup moins le cas dans des sports qui mettent en avant l'esthétique. Mais même dans ceux-ci, le patin à glace par exemple –qui devrait logiquement relever des mêmes spécificités que le skate – sont tellement codifiés par la compétition que la marge de spontanéité y est trop faible pour qu'on puisse la rapprocher de l'art. Il n'y a que les rêveurs, avides de superlatifs au micro pour se casser la voix d'émotion devant un spectacle de patinage artistique aujourd'hui (Merci Nelson)...
-J'ai fait quoi de mes garo... ah oui, merci.
...Dans la planche à roulette, on a beau désigner le plus performant comme vainqueur d'un contest, les spectateurs et les skateurs savent que le véritable vainqueur est celui qui fait preuve de style et de spontanéité. Enfin, j'espère, du moins. De même, le fait qu'on puisse juger d'un niveau de skate par une liste de tricks, comme c'est le cas aujourd'hui dans les yeux de certains jeunes dotés d'un peu de talent, déplace la pratique du skateboard sur le terrain du sport. Or, c'est bien parce que la performance n'est pas obligatoire en skate qu'on peut apprécier un simple nose grind sur un curb alors qu'il a déjà été rossé en flip bsts ou en nose blunt. On peut même préférer un simple ollie à un big spin ou un switch 180 sur tel ou tel obstacle. En tant qu'acteur, comme en tant que spectateur.
-Il est un peu relou, lui, avec ses théories...
-Bof, ça va... au moins il parle pas d'autres trucs encore plus relou. Y'a du monde en bas ?
-Ouais, mais faut aimer la folk intimiste... |
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Ed Rush & Optical - Medicine.mp3
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| 21h37 |
Le style, dont on parle souvent, relève justement d'une alliance de maîtrise et de spontanéité. Dans le langage courant, le style est apparenté à un comportement. Chacun possède le sien. Et si chacun skatait selon sa morphologie, ses goûts, ses capacités, il y aurait alors une multitude de styles différents. C'est plus ou moins le cas en skate. Sauf que sont apparus des canons de beauté qui influencent tellement la pratique que certains skateurs tentent d'acquérir LE style, au détriment de LEUR style. On peut donc parler d'un « style » dans le langage courant qui pourtant ne relève que de la robotique et qui tend à tirer à nouveau le skate sur le terrain du sport, et non plus de l'art. Or, on ne peut être touché que par le Style avec un grand « S », celui qui fait appel à la sensibilité du spectateur, qui créée la surprise. Celui qui est une tromperie de la réalité, qui révèle l'unité du monde, autant que son impossibilité à le construire, qui justifie la gratuité. Personne ne saura jamais d'où vient cette alchimie particulière, si le travail ou la drogue le favorise. On sait juste qu'il existe parfois. Beaucoup dans le skate, et peu ailleurs.
-C'est ton point final ?
-Ce serait bien...
... Non. Je voudrais insister sur la tromperie de la réalité. Cette réalité est carrément insupportable pour chacun. Que ça vienne de trucs personnels qu'on n'a jamais réglé ou que ça vienne de l'extérieur : de la société, de ses codes, de ses devoirs, de la pression sociale, de l'époque, toutes ces mains invisibles qui nous manipulent comme des poupées dans une vaste pièce de théâtre. Je ne sais pas si vous vous rendez compte que tout le monde est au courant mais que la majorité fait semblant de le cacher. Et y réussit. Le pire, c'est qu'il y a une autocensure incroyable en ce qui concerne la qualité de vie. Tout le monde sait très bien, avec un minimum de sincérité, que la course au mieux vivre telle qu'elle est vendue sur les marchés est une sacrée blague. Mon propos, c'est de dire que voir un skateur stylé est une véritable esquive à cette réalité. Il y a de la vérité là-dedans comme rarement on en trouve ailleurs. Le truc qui cloche, c'est que la course à cette vérité est devenue reconnaissable par beaucoup de monde et que, malheureusement, ça pousse à la médiocrité.
-t'exagères carrément, mec, tu devrais sortir un peu.
-d'ailleurs, tu devrais pratiquer plutôt que d'en parler
-t'es un peu trop seul, j'ai l'impression, en ce moment.
-Qu'est-ce qui se passe, les garçons ?
-La soirée bascule, ton mec est raide.
...qu'est-ce que ça veut dire, seul ? Tu crois que t'es pas seul parce que tu es avec quelqu'un ? Ou que tu as des amis ? Je pense que chacun est seul et que tous les trompe-la-solitude sont seuls quand même. Ce qui me chiffonne, c'est quand cette solitude réelle se traduit par une haine des autres...
-ou une haine de soi-même.
....plutôt que de convertir ça en quelque chose de constructif.
... Ben non, c'est pareil la haine de soi-même, sauf que tu ne portes pas préjudice aux autres en les rendant responsables. C'est dommage quand même. Mais que veux-tu y faire, ce n'est pas quelques chose de contrôlable.
-Bravo, très judéo-chrétien comme réflexe.
-ça va, toi, je suis sûr que tu chantes chez toi, le matin. T'es un chanceux.
-Et toi, tu ne chantes pas assez. Dommage que je ne sois pas skateur, j'aurais pu t'aider. Allez, viens danser, tout ce que tu viens de dire est un plaidoyer pour la danse.
-C'est pareil que le skate, je t'ai pas parlé du style en danse ? Et du doute, je t'ai parlé du doute ?
-rhaaaaaa, vas-y, tais-toi, met en application ce que tu viens de dire. Le in vino veritas est un mythe.
-Ça dépend des moments.... |
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Andy C & Ed Rush.mp3
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| 01h31 |
-y'a un gars qui m'a mordu. -qu'est-ce que tu veux que ça me foute ?
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Images et texte : Pif. Dans l'ordre d'apparition : Jérémie Plisson, Guillaume Moquin, Lucas Puig, Romain Jorda et Lucas Puig.
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