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Neil Heddings
Skate 12/12/2005 Neil Heddings
La lumière au bout du tunnel?
Le 18 Novembre 2005 :
Les jurés reconnaissent coupable les parents Heddings dans la mort de leur fils de 2,5 ans, Marcus. Neil Heddings, est reconnu coupable d'homicide involontaire et sa compagne Christine de meurtre au second degré.

Ça partait beaucoup plus mal pour le couple. Accusés de mauvais traitement et meurtre de leur fils, Neil Heddings encourait de 50 ans de réclusion à perpétuité. Parce qu'il avait déjà eu maille à partir avec la justice pour avoir frappé à coups de skateboard dans une bagarre. Sa compagne risquait de 25 ans à perpétuité. Les peines demandées sont moins lourdes, mais restent affreuses : 8 ans (maximum) et de 25 ans à perpétuité, respectivement. On ne sait pas quand seront rendues publiques les peines.

Nous avions fait un point en Février dernier sur la situation, que nous retranscrivons ci-dessous. Pour un peu plus d'exhaustivité, des liens sont dispos en bas de page.
 
Février 2005
Le destin de certains skateurs américains fait peur. On avait déjà évoqué le cas de Neil Heddings dans nos pages. En résumé, son fils de 3 mois est mort dans des circonstances un peu particulières (une maladie et un coup sur sa tête sont à l'origine de sa mort), voici deux ans. Une enquête de police a conclu à de mauvais traitement ayant entraîné la mort. Neil Heddings et sa petite amie Christine nient farouchement avoir violenté leur enfant. Que ce soit vrai ou pas, la famille était endeuillée par la mort du petit Marty, comme on peut l'imaginer aisément. Même les parents violents avec leurs enfants ne souhaitent pas leur mort. D'ailleurs, de manière générale, dans 95% des cas d'homicide, il s'agit d'accidents.
 
Neil Heddings en session. Toujours est-il que 20.000$ n'ont pas suffit à l'avocat pour les faire sortir de cet imbroglio judiciaire. Ne pouvant plus être payé aujourd'hui, l'avocat abandonne la famille, laissant Neil et Christine avec une condamnation de prison à vie ! Ça valait le coup de payer aussi cher...
Aujourd'hui, ils se retrouvent avec un avocat commis d'office. Il y a bien un avocat qui s'est présenté à eux, leur affirmant que leur cas était facilement plaidable, et que pour 200.000$, il les ferait sortir de prison. Mais... cet argent, ils ne le possèdent pas, bien évidemment, et ils ne l'auront probablement jamais. Si ce n'était pas aussi grave, on pourrait rire de cette situation : c'est amusant de voir à quel point la justice se monnaye. Si tu as du fric, tu sors, sinon, tu crèves en prison. C'est l'égalité des chances en démocratie, c'est ça ? Ah non, ça c'est chez nous, l'égalité. Qu'on parle ensuite de morale, de nécessité de la justice, d'équité, du devoir de construire des prisons est une vaste blague. Beaucoup plus drôle pour ceux qui sont dehors que pour ceux qui sont dedans. Il faut au moins assister à un procès, une fois dans sa vie, pour comprendre à quel point la pièce de théâtre est bien mise en scène. Et comprendre qu'on nage dans la fiction. Qu'il y a à peine plus de justice dans les condamnations des prévenus que dans leurs délits et leurs crimes. Sans parler de la punition qui va au-delà de ses prérogatives de privation de liberté en instituant l'humiliation : disponibilité permanente des détenus aux injonctions des gardiens, comportement des forces de l'ordre (qui n'hésitent pas à balader des suspects en menotte dans leur quartier), sentence des juges, regard des autres, éloignement des familles des détenus, systèmes de parloirs...
 
Prison à vie, donc. Dans un procès sans partie civile. Pour meurtre, dans des circonstances qui devraient être examinées avec la plus grande minutie. Mais la minutie des enquêtes se délite avec la multiplication des procès, des lois qui encadrent la magistrature, du budget aléatoire des familles pour leur défense, du coût du fonctionnement de la justice, de la pression de l'opinion publique.
 
Il faut aussi se rendre compte qu'aux USA, la prison est devenu un business lucratif. Nombreux sont les « county » qui souhaitent accueillir une prison. Car celle-ci garantit une source d'emploi pour la population locale (gardiens, administration, entretien...). Elle garantit aussi une main d'œuvre à bas prix pour les entreprises du coin. Les détenus, s'ils souhaitent améliorer le dossier qui leur permettra un jour de sortir de prison ont tout intérêt à travailler lors de leur séjour. Ils sont évidemment payés une misère, et sont soustraits aux lois du travail. La population carcérale augmentant (la récidive est punie de plus en plus lourdement), la main d'œuvre bon marché suit une courbe intéressante pour les entreprises. L'Etat, de fait, est à la limite de l'encouragement de ce système. Au même titre que le Maroc tolère la culture du cannabis pour les 96.000 familles qui en vivent.

S'il est facile de se rendre compte de cela aux USA, il ne faut pas oublier que la même chose est en train d'arriver en France. Depuis la suppression de la peine de mort en 81, les peines se sont sensiblement alourdies. Et les peines de sûreté ont été instaurées. Ne serait-ce que pour contenter les ultras de la population qui véhiculent le message : « De toute façon, les prisonnier ne font même pas la moitié de leur peine ». Plus récemment, les lois Perben favorisent aussi l'incarcération automatisée. Garde à vue allongée à 96h (y compris pour les mineurs), le « plaider-coupable » pour raccourcir sa peine sans passer par un procès, les dispositions exceptionnelles sont étendues à une quinzaine de délits, remise en cause des réductions de peine, perquisitions de nuit autorisées, bref, un état d'exception permanent. Et vu la fascination de Sarkozy pour les USA, ça ne risque pas de changer. Non, décidemment, Neil Heddings n'est pas prêt de sortir.
 
Si le sujet de la prison vous intéresse, 3 ouvrages, entre autres, valent le coup d'être lu:
-« Pourquoi faudrait-il punir ? Sur l'abolition du système pénal », Catherine Baker, Tahin Party, 2004, moins de 6€. Un bouquin récent, accessible et pas mal documenté, mais qui part un peu dans tous les sens. C'est néanmoins une bonne synthèse des ouvrages parus précédemment sur le sujet.
-« Les prisons de la misère », Loïc Wacquant, 1999, Liber. 7€. Parfait pour comprendre ce qu'il se passe, écrit avec une grande rigueur.
-« Surveiller et punir », Michel Foucault, 1975, Gallimard. 12,10€. Un bouquin extrêmement dense, pas facile d'accès, observant la prison sous un angle philosophique et sociologique.

Sur la façon d'aborder la culpabilité, l'idée me vient de vous conseiller le film « Capturing the Friedmans », Andrew Jarecki, 2003. L'histoire vraie d'une famille dévastée par la tendance pédophile du père. Particulièrement actuel en cette période de relaxe des accusés d'Outreau et du marasme judiciaire qu'il a entrainé. Les juges auraient du voir ce film avant de s'exciter.
 
Pour une lettre que Neil Heddings avait envoyé au début de sa détention, un article est en lien ci-dessous.
 
Pif
 
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