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| 31/12/2004
Christian Hosoi
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Seconde interview dans nos pages de celui qui a brulé ses années 80 en dragster. Le premier piss drunk, c'était peut-être lui. Ou Andy Mc Donald. Bref... |
Cette interview est déjà parue dans Ride On, mais comme tout le monde n'a pas le loisir de lire ce magazine...
Christian Hosoi est une des figures les plus marquantes du skate des années 80. Il a révolutionné le skateboard grâce à son style et les nouveaux tricks qui ont influencé l'histoire. Comme dirait le méchant Beloc dans Indiana Jones et l'arche perdue, il n'a pas fait l'histoire, il EST l'histoire. Putain, c'est beau.
Une figure, le christ-air, porte son nom. Le graphique « soleil levant » de sa planche reste à jamais gravé dans la mémoire collective, et il a même donné naissance à une nouvelle forme de planche : le hammer-head, pour faciliter son backside air. Une figure que personne ne pouvait plus lui disputer à l'époque. Né en Californie, il passe son temps au park de Marina, dont son père est le propriétaire. Il skate très tôt avec quelques grandes pointures : Jay Adams et Shogo Kubo entre autres. Et à 14 ans, obtient déjà le statut de pro-rider. Très rapidement, le prodige remporte les suffrages du public sur toutes les compétitions où il passe, confronte son arrogance à Tony Hawk sur les rampes. Puis au tournant des années 90, l'exposition de la personne laisse place à la gestion d'entreprises et de marques, alors même que le marché du skateboard s'écroule. C'est une mauvaise passe pour Christian Hosoi. Qui l'amènera quelques années en prison pour trafic de drogue. Comme dans San Andreas, sauf que c'est pour d'la vrai. Il est sorti l'année dernière pour bonne conduite et a repris le skate... à 36 ans.
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Salut Christian, comment va ? Salut ! Pas trop mal.
Qu'est que t'as prévu de beau aujourd'hui ? Je pense aller au Vans Triple Crown, histoire de voir (Dave) Duncan et les autres. (l'itw se déroule en novembre)
Tu penses participer à la compétition ? Non, je n'ai pas repris les contests encore. Et comme je me suis blessé je préfère éviter pour l'instant.
Tu t'es blessé ? Comment tu t'es fait ça ? En skatant ? Ouuii... (rires)
C'est à dire ? Dans une piscine, sur une vert ? Humm... ouaip. Non honnêtement, j'étais juste en train de travailler dehors, même pas en train de skater ! (rires) Enfin y'a rien de grave.
Hier tu m'as parlé d'un documentaire. De quoi s'agit-il exactement ? C'est l'histoire de ma vie qu'on est en train de réaliser. Quincy Jones et son fils en sont les producteurs et un ami à moi, Block, assure le montage.
Et c'est prévu pour quand ? Je ne sais pas exactement. Ils sont encore en train de réaliser les dernières interviews, comme celle de ma mère hier. Alors ça devrait leur prendre encore quelques mois j'imagine avant de le sortir.
Sous quel format ? On est encore en train de réfléchir à ça : Si on va l'éditer pour le cinéma ou pour la vente en DVD. Parce qu'à vrai dire on a aussi prévu un film pour aller avec.
J'avais envie d'évoquer ton séjour en prison. Quelle a été la réaction suscitée par ton arrestation ? J'étais parti pour plusieurs longues années. Mais une fois la première écoulée j'ai commencé à recevoir un tas de marques de soutien de la part de l'industrie, de la communauté du skateboard, de gosses du monde entier. J'ai eu droit à plein de bonnes réactions, surtout après avoir donné ma première interview à Thrasher et exposé ma situation.
Ca t'a fait quelle impression ? Ça m'a encouragé, ça m'a donné de l'espoir, de la force, la capacité d'accepter et de tenir, malgré les difficultés, notamment celle d'être loin de ma famille, isolé de tout. Ça m'a permis de rester productif et d'avancer. En bref de rester en vie dans un lieu de perdition.
Qu'entends-tu par « rester productif » ? Concrètement : « rester à la disposition du Seigneur » ou « être capable de Le servir ».
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Tu a été libéré sur parole n'est ce pas ? Oui, j'étais parti pour huit ans et demi. Et je ne suis resté que cinq.
Penses-tu que d'avoir reçu autant de marques de soutien et tes récentes dévotions t'ont aidé à offrir au juge une meilleure image de toi? Je ne pense pas qu'il soit possible de changer son image aux yeux d'un juge, mais Dieu est Celui qui est aux commandes. C'est évident quand on a la foi et qu'on lit les descriptions de la Bible. Il laisse les gens agir d'eux-même et je sais que c'est par sincérité profonde que ma vie a changé. Je pense que Jésus est entré dans mon cœur et m'a ouvert la porte. Lui et non pas le juge.
En parlant de ton nouvel intérêt pour la religion. Est-ce que tu as ouvert une Bible un jour et que ça t'a plu ou est-ce arrivé autrement ? Je m'appelle Christian (qui signifie aussi ‘chrétien' en anglais), mon surnom était Christ et j'ai inventé le Christ air (raide, pieds serrés sur la planche et bras perpendiculaires au corps, tel un Jésus sur sa croix). Tout ça dans les années 80. La décennie suivante, j'ai perdu mes repères. J'étais persuadé que je pouvais tout faire. J'avais du succès, la notoriété, l'argent. Mais je restais vide à l'intérieur. Aujourd'hui j'ai découvert le vrai bonheur, ce que j'ai toujours recherché en vain. J'ai essayé avec la drogue. Ma vie s'est mise à ressembler à une spirale vers le néant et j'ai voulu revenir à la réalité. Alors ma femme m'a dit « je laisse tomber la drogue et je vais à l'église ». Je me souviens avoir répondu « quoi ? soit, je viens avec toi ». J'y suis allé une fois avant de partir en prison. Quand j'ai été incarcéré Dieu a essayé de m'ouvrir les yeux. Il a une manière très personnelle de mettre sur la route les bonnes personnes au bon moment. Une combinaison de facteurs m'a fait comprendre mon besoin de m'investir dans une relation avec Lui. Mon partenaire de chambrée m'a prêté sa Bible, pleine de passages marqués et d'annotations. Ça m'a intrigué, j'ai lu et je n'ai plus arrêté.
Tu m'expliques que tu considères ton nom, ton surnom et ton signature trick comme des signes ? En fait c'est devenu très clair après, quand j'ai su. A l'époque c'était pas évident, mon cœur n'était pas prêt à s'ouvrir. J'étais toujours à tenter de réussir mon existence seul. Mais maintenant que je suis chrétien, je considère ces signes en me disant que c'est génial.
Tu affirmes vouloir répandre la bonne parole. Comment penses-tu pouvoir aider les ‘enfants perdus' ? En étant un exemple, quelqu'un qui a de l'intégrité, des valeurs profondes et en aidant les gens à profiter des mêmes bases que les miennes. Je veux leur présenter ça de manière à ce qu'ils aient envie de regarder plus loin et d'écouter. Il y avait une époque où je n'étais pas prêt à l'entendre moi-même. Mais aujourd'hui, il n'est pas obligatoire de changer pour aller à l'église. C'est après que l'on change et parce qu'on le désire. Si l'on veut envoyer un message aux enfants qui vivent dans les banlieurs hardcores et passent par des moments difficiles, il faut que le porteur du message soit lui-même hardcore et ait fait l'expérience de ces problèmes. J'ai traversé le succès puis la déchéance. Je suis allé en prison et j'ai été libéré. Pour toutes ces raisons, il se peut que certains acceptent plus facilement de m'écouter.
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Est-ce que ça signifie qu'il y a aujourd'hui un nouveau Christian Hosoi ? Oui, je suis une nouvelle création en Christ. Quand on possède cette identité différente, nous renaissons nécessairement nous-même. J'entreprends une nouvelle vie à Ses côtés, fort d'une autre personnalité. Pourtant mon caractère est resté le même. J'adore toujours les choses qui me plaisaient avant, exceptées les mauvaises.
Donc rien de changé en ce qui concerne ta pratique du skateboard ? Oh que non ! J'aime le skate passionnément ! (rires)
Ç'aurait été dommage. Quelle est la première chose que tu aies faite en sortant de prison ? J'ai passé du temps avec ma femme. Le temps de réaliser à quel point j'étais comblé. Et le lendemain je suis parti skater.
A Hawaii ? J'ai entendu dire que tu étais parti là-bas pour fêter ta libération ? Oui, ça a été un moment très agréable. Nous y avons passé un mois et demi pour notre voyage de noces. On s'est marié en prison il y a trois ans. Et comme nous n'avions pas eu de lune de miel...
Comment tu t'es senti quand tu as repris ta planche en main la première fois ? Ça a été génial. Un grand moment. J'étais enfin récompensé de la patience que j'ai appris en prison. C'est là qu'on apprécie le mieux les choses. Je me suis senti reconnaissant, privilégié et récompensé, tout ça à la fois.
Tu as profité d'une session entre amis ? Oh que oui ! Ma première session en sortant je l'ai faite avec Shogo Kubo, Jay T, Gary Owen, beaucoup beaucoup d'autres. Y'avait tellement de monde que c'était génial. J'avais du mal à croire que tant de personnes étaient venues juste pour skater.
T'as l'air d'avoir passé un bon moment... Très agréable. Beau temps et tellement de gens. Jay Adams était là lui aussi. Il est arrivé plus tard mais il est venu. C'était vraiment bon.
Tu as toujours tes sponsors ? Oui, Red Kross (de Black Label) toujours, DC m'envoient des pompes, je reçois des vêtements Quiksilver... Je suis en train d'essayer de gérer ma vie pour réussir à vivre en faisant ce que j'ai envie de faire. Alors je veux des sponsors qui soient prêts à me soutenir à l'avenir. Je prends mon temps, je recherche du très solide, mais j'y arrive.
Pour qui voudrais-tu rider aujourd'hui ? Tous ceux qui acceptent de me soutenir et de me comprendre. Qui me permettent d'agir à mon gré afin de construire la prochaine génération, de répandre la bonne parole et d'être présent. Qui sont là en tant sponsor de skate sur lequel il est possible de s'appuyer. Et je veux être en mesure de leur rendre autant qu'ils me donnent. Je n'accepte plus rien de gratuit. Je veux être productif et efficace, plus seulement en ce qui concerne mon existence mais aussi mes sponsors. Désormais j'ai un plan et il y a toutes les chances pour que les choses se passent mieux.
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Et niveau compétition ? Quelle sera la première que tu souhaites rider ? J'en sais rien, je pense prendre mon temps pour ça et participer à celle où je me sentirai à l'aise. Je dois d'abord m'entraîner et récupérer. Je ne veux pas me lancer sans m'être préparé.
J'ai entendu dire cependant que tu comptes rider le skatepark du Prado lors du Bowlriders 2005. C'est vrai ? Bien sûr ! Je tiens absolument à en être l'an prochain ! C'est l'un de mes spots préférés au monde.
A l'époque Tony Hawk et toi étiez les deux grands champions du milieu. Quand l'un passait à côté de la victoire c'était en faveur de l'autre. T'arrive t-il de penser à reprendre la compétition avec lui ? C'est clair, j'ai trop hâte de recommencer à skater avec Tony. On a passé toute notre vie à rider ensemble alors j'ai très envie de reprendre ma place pour aller m'amuser avec lui. Je sais qu'il aime la compétition à peu près autant que moi alors ça promet d'être une expérience absolument magique.
Quels sont tes projets ou tes objectifs dans un futur proche ? On est en train de créer une paroisse du skate qui s'appelera ‘Livin' It' en collaboration avec l'acteur Stephen Baldwin, Lance Mountain, Ray Barbee, Alabama Jay, Dennis Martinez, skateur pro des années 70, comme Eddie Reatigue qu'on essaie également d'impliquer. On tente de rallier Richard Molder que je vois ce week-end à une convention où on représentera ensemble Rythm Magazine, une publication art & culture. Ensuite je dois prendre soin de ma santé et de mon talent de skateboardeur qui m'aideront à créer une plateforme pour représenter la volonté de Dieu, être disponible et un bon exemple. Et puis je veux être le meilleur mari, fonder une famille et être un bon père.
Tu as déjà un enfant ? Oui. Un fils de sept ans.
Tu lui apprends à skater ? Il ride depuis quelques temps ! Et oui je lui apprends. Il rentre déjà ses premiers airs. Il était content que je l'emmène skater l'autre nuit. Il s'est amusé à sauter par-dessus ma planche et ça l'a rendu heureux.
Qu'est-ce qu'il pense de ton statut de légende du skate ? Il est trop pur et trop jeune encore. Il ne me voit que comme un père et un skateur pro. Il ne se soucie pas de la grosse image derrière tout ça. Peut-être qu'en grandissant il comprendra la vie et le succès que j'ai eu. Pour l'instant, il évolue comme un garçon de sept ans tout à fait typique. Heureux d'être jeune et libre ! (rires) Je vois. A ce sujet, que ressens-tu à l'idée d'avoir été une si grande influencé et d'être considéré comme l'un des meilleurs skateurs de tous les temps ? C'est un honneur et un privilège. Tout ce que je peux dire c'est que je suis reconnaissant et comblé. Encore une fois je le dois au Seigneur qui m'a gratifié d'un don. Au début, je croyais ne devoir ma réussite qu'à moi-même, mais aujourd'hui je sais que mon talent est un cadeau du Ciel. Je suis devenu humble et reconnaissant.
Hammerhead Skateboards était ton label. Tu as surpris beaucoup de monde avec tes shapes innovants en forme de requin. Il paraît que tu travailles sur une version plus moderne de ces planches ? Tout à fait ! Cependant pour l'instant je suis dans une phase de retrouvailles avec le skate alors il va me falloir approfondir mes quelques idées. Enfin j'ai quand même très envie de proposer de nouveaux concepts et de me lancer avec de nouveaux shapes.
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Tu comptes remonter ta propre boîte ? Oh non, je préfère y aller doucement. Je fais tout pour l'instant. Alors je continue de travailler avec John pour Black Label et Red Kross.
Ce sera donc une board Red Kross ? Oui.
Pour quand ? Dans quelques mois normalement. Mais on vient de sortir un modèle avec un nouveau shape et un nouveau graphique. Elle devrait être disponible bientôt, si ce n'est tout de suite.
Elle est large comme tu aimes, genre 8 ou 9 ? Non, c'est une board de vert typique.
Où trouves-tu ton inspiration ? Tu veux dire quand j'étais jeune ou bien de maintenant ?
Disons les deux ! Quand tu étais jeune d'abord. A l'époque je la prenais chez Bruce Lee et chez mon père qui m'a inspiré à devenir qui je voulais être et m'a aidé à me servir du succès de quelqu'un comme Bruce Lee de manière à être le meilleur.
Pourquoi Bruce Lee ? Parce que tu aimes les sports de combat ? Oui, le Kung Fu. Quand j'avais environ cinq ans, je voulais devenir Bruce Lee et faire tout comme lui. Presley aussi cela dit. Quand j'ai vu Elvis, je voulais être lui.
Pas mal ! Et puis il y a eu Bob Marley qui chantait des textes bibliques. Déjà très jeune j'ai entendu de belles choses à travers ses chansons. Je dirais que ces trois personnes ensemble ont su m'inspirer dans ma jeunesse.
Tu connais quelques prises de Kung Fu ? J'ai pris quelques cours, oui. Niveau mouvements je ne connais rien de spectaculaire, mais j'ai beaucoup appris sur la technique de travail. Je l'applique à mon ride. Le skateboard demande énormément d'assiduité alors j'y utilise mes connaissances acquises là. J'ai gardé en mémoire beaucoup de choses qu'a dites Bruce Lee au sujet de l'entraînement, la respiration et la concentration. Ça me permet de retransmettre dans mon ride la même énergie qu'il mettait dans sa pratique du kung fu. Quant à maintenant c'est de Jésus-Christ que me vient mon inspiration !
Je m'en doutais un peu. Ah oui ? (rires)
J'aimerais parler de ton ‘signature trick'. Comment ça s'est passé la première fois, est-ce que c'était un mouvement auquel tu avais réfléchi et pour lequel tu t'étais entraîné, ou... Pas du tout, ça a été très spontané. C'est juste arrivé comme ça. Monty Nolder était un pro qui ridait pour moi et qui rentrait des airs avec les pieds décollés en dehors de la board, genre jambes écartées. Un jour je l'ai vu faire et j'ai dit « sympa ! tenez regardez un peu ça » et j'ai envoyé le même mais avec les pieds collés et les bras écartés en disant « matez moi un peu ce Christ air » ! Au début ça s'appelait le ‘Nold-air' pour rappeler Monty mais le mien ressemblait à une croix. Il a pris mon nom. Toujours est-il que Monty m'en a donné l'idée.
Joli. Quelle sensation en as-tu éprouvé ? De la fierté ? C'est clair ! D'un seul coup au fond de ton cœur, tu as la foi, même sans t'en rendre compte vraiment. Tout le monde croit, peu importe les circonstances. Bref quand j'ai atterri ça je me suis dit « wow ! un autre signe » et aujourd'hui tout cela m'intrigue encore.
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Est-ce que tu as déjà vu d'autres rideurs atterrir ton air trick ? Bien sûr ! Sandro Dias l'a fait sur un 540. C'était radical ! Danny Way rentre des Christ airs haut de 6 mètres ! Enfin bref, oui j'ai vu pas mal de rideurs le taper et ça me fait drôlement plaisir.
Tu as aussi un autre trick que tu t'amusais à rentrer chaque fois que tu le pouvais : le g-turn. Oui, c'était à l'époque où on traînait à Venice Beach. Avec Scott Hoster, on était les mecs au g-turn. On en rentrait à la fin de chacun de nos runs. Quand le street skate est arrivé, on tapait des g-turns à longueur de journée. On descendait vers la plage juste pour ça. C'était marrant, c'était un mouvement gracieux, qui s'il était pas smooth, ne ressemblait à rien. Alors on essayait de le rentrer de façon aussi smooth que possible en y grabant différents airs, des frontside rails, des stalefishes, tout ce qui nous permettait de le faire durer le plus longtemps possible et d'y décrire le plus grand nombres de cercles. Le g-turn symbolise un grand moment de notre vie à Venice Beach.
Puisqu'on parle de Venice Beach, tu skatais avec les légendes de Dogtown : Tony Alva, Stacy Peralta. Tu étais très jeune à cette époque, les considérais-tu comme de grandes influences ? Bien sûr ! Ils étaient les mecs que je regardais quand je me demandais à qui je voulais ressembler et avec qui je voulais me lier. Quand j'ai vu leurs photos dans la presse, tout ce que je voulais c'était être aussi dans les magazines. Je ne m'intéressais pas vraiment à l'aspect financier. D'ailleurs l'argent n'atteignait pas des sommes faramineuses ! Quand on skatait, on le faisait juste pour la reconnaissance, pour gagner des compétitions. Ces mecs sont une des raisons principales pour lesquelles je skate aujourd'hui. Pour lesquelles j'ai passé ma vie à skater et skate encore.
Qui t'a influencé le plus ? Je dirais Shogo Kubo, George Wilson, Jay Adams, Tony Alva, ce sont des types qui m'ont beaucoup influencé. Ils m'ont apporté des connaissances de premier choix, avec gros impact sur ma personne. Ils m'ont éduqué, m'ont donné la motivation et pas seulement en tant que skateurs, mais en tant qu'individus. Ils m'ont donné envie de continuer et de skater de plus en plus.
Et parmi les rideurs actuels, quelles sont les grandes influences selon toi? Il y a tellement de skateurs aujourd'hui qu'il est difficile d'en extraire quelques-uns de la masse. Eric Koston est une grosse influence, Ryan Schlecker aussi. John Cardiel, ce skateur tellement puissant qui passe par un moment très difficile. Ou Danny Way qui maîtrise les airs les plus longs et hauts qui aient jamais été réalisés, ouvrant ainsi la voie vers de nouvelles perspectives, de nouvelles manières de repousser les limites du skateboard. Et puis Tony Hawk, toujours là, qui symbolise l'esprit même du skate. C'est là qu'on peut faire la différence entre ceux qui aiment profondément le sport et les autres. Caballero aussi, bienqu'il fasse des tas d'autres choses à côté, garde une influence énorme sur le milieu. Tout ça a du sens. Je ne m'évertue pas à citer un milieu en particulier, comme le street par exemple, mais un ensemble de types qui se sont investis et aiment ce qu'ils font. Je pourrais nommer une bonne autre centaine de grands noms mais ce serait exagéré. Je pense qu'un top 10 suffit pour parler des vraies influences du skateboard moderne. Et il me faut encore apprendre à connaître ces gens pour décider si oui ou non ils méritent d'être citer. C'est difficile parfois, la jeunesse alliée à la célébrité cachent la personnalité. Je suis triste de constater la façon dont certains se comportent en public. Peu importe tes qualités en tant que skateur, le plus important est l'image que tu renvois aux autres.
Tu as aidé à développer la scène. Mais t'es tu déjà imaginé que le skateboard prendrait autant d'ampleur ? Au début des années 80, mon père et moi discutions de ça souvent et on voyait l'avenir du skate comme un truc absolument énorme. A ce moment-là, le milieu s'étouffait avec sa communauté et son industrie. Mais de toute ma passion je savais au fond de moi, que ça deviendrait plus grand encore qu'il n'était possible de l'imaginer. Pour moi tout était là, c'était le moyen idéal de s'exprimer et de s'amuser. En voyant la situation actuelle, je me rend compte que je l'ai toujours su. Si à l'époque j'avais interpellé quelqu'un en lui racontant ma vision de cette évolution incroyable, il m'aurait regardé avec incrédulité et répondu : « mais ouais mon gars c'est ça ! ». C'est bon de voir que tout ce travail a abouti.
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Tu rêvais déjà de vivre du skateboard quand tu étais enfant ? Je suis passé pro à l'âge de treize/quatorze ans. Adolescent je gagnais déjà beaucoup d'argent et le skateboard a pris de l'importance avec le street au début des années 90. Quand cette discipline est arrivée, les bases de l'industrie et du marketing ont basculé dessus. Ça a jeté à la rue les rideurs de vertical qui ne savaient plus comment gagner leur vie. Alors nous nous sommes posé la question : « est-ce qu'on aime l'argent ou est-ce qu'on fait ça par amour pur et sincère de la pratique ? ». Nous avons donc continué de skater malgré tout. On s'est adapté à la situation, au marché et au street. Aujourd'hui c'est différent. Il y a des skateparks partout, des rideurs de piscines, des rideurs qui se veulent tout-terrain. Bref, il y a de la place pour chacun, old-school ou new-school. A l'heure actuelle les Etats-Unis seuls comptabilisent 17 millions d'adeptes ! Seuls ! Multiplies ça par le nombre de boards, de roues ou de chaussures dont ils ont besoin et tu auras une idée de la taille du marché. Nous sommes ceux qui avons pris la torche pour montrer la voie à l'époque Dogtown. Et aujourd'hui nous voilà tous rassemblés dans un gigantesque mouvement afin de présenter le skateboard au public et aux non-rideurs. Ces gens viennent aux compétitions juste pour regarder exactement comme s'ils assistaient à un match de basket ou de foot ! Ça les intéresse pour la simple raison que ça a un impact sur leurs enfants et donc sur leur vie.
Au début des années 80, l'esprit du milieu était plus « Skate & Destroy », n'est ce pas ? La « skate & destroy » attitude était la capacité à pouvoir s'exprimer. Comme le punk-rock à sa naissance au début des années 70. Les gens avaient fait ce choix pour exprimer leur ras-le-bol de cette société qui les obligeait à vivre selon ses règles. Ils avaient envie d'exister en tant qu'individus et d'être une voix pour leur génération. C'est pareil pour nous, nous étions une voix. Comme la communauté hippie dans les années 50. A cette époque le milieu du skateboard criait son désir d'être quelque chose, un mouvement capable de se faire entendre. « Skate & Destroy » est devenu le sloggan d'un groupe qui affirmait faire ce qu'il voulait sans personne pour l'arrêter.
Qu'y avait-il de mieux à cette époque ? Et même question pour aujourd'hui ? Ce qui était bon avant l'est toujours maintenant. L'esprit revient dans le sport. L'âme de la pratique est en train de s'imposer grâce à toutes les possibilités et aux skateparks qui voient le jour. Les gens se rendent compte que l'existence ne tourne pas toute entière autour de l'argent. Que l'important est d'être capable de faire des choses et de profiter de la vie. Je pense que c'est ce qui ressort actuellement et que c'est ainsi que nous le ressentions. Nous profitions de la vie et aimions profondément notre pratique. La passion est de retour dans le skateboard.
Quel est ton plus beau souvenir de cette période ? Ma première grosse pub et ma première photo dans un magazine. C'est l'un de mes souvenirs les plus magiques. C'était dans Skateboarder avec le photographe Ted Terrebonne. J'ai participé à une session photo où il m'a proposé de prendre quelques clichés. Le mois suivant j'avais une page complète en couleurs dans Skateboarder. Toute ma vie a pris un nouveau sens. Ça reste ma session la plus mémorable jusqu'à aujourd'hui. Mais je pourrais aussi citer un million d'autres instants. Marseille en fait partie, une session avec Christian Fletcher qui a duré toute une nuit à savourer le skateboard pour ce qu'il est, juste pour le plaisir. C'était au début des années 90.
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Comment définirais-tu ton style ? Pour moi c'est une expression personnelle, une représentation de son identité. Je pense qu'on a tous un style bien à soi même si on essaie de copier quelqu'un, car on garde toujours une façon unique de mimer les autres. Tu ne peux pas ‘essayer' de skater sinon ça ne rend rien. Dans ma jeunesse, l'important était de rester soi-même. Je dirais que ça équivaut à surfer une ligne en tentant d'être aussi smooth que possible. Smooth et gracieux. Sans essayer de ressembler aux autres, juste à soi-même.
Que préfères-tu skater : les piscines, les rampes, le street ? A vrai dire j'aime tout. Mais les pools sont sans doute ce que j'adore par-dessus tout. Tout ce qui est vertical. Donc les rampes, les piscines et les autres spots qui m'intriguent au point de me donner envie de les rider. C'est ce qui permet de repousser ses limites en faisant des choses que personne d'autre ne fait.
Les skateparks ? J'adore les skateparks ! J'ai grandi autour alors c'est tout à fait mon type de terrain.
Tu comptes aller skater aujourd'hui ? Tous les jours qui passent. Il n'y en a pas un qui soit sans que j'ai envie d'aller rider.
Qu'est ce que tu aimerais voir changer dans l'industrie du skate ? En vérité, je n'ai pas envie de changer l'industrie, je veux être celui qui a changé dans l'industrie. Je ne tiens pas à forcer le changement autour de moi mais à vivre une existence en accord avec la volonté divine et avec de la chance à avoir un impact. Il existe beaucoup de mauvaises influences dans notre société et je souhaite renvoyer une bonne image pour donner l'exemple.
Considères-tu que le skateboard est plus un sport ou un art ? D'un sens, les deux à la fois. En tant qu'artiste ou professionnel de la discipline, il est possible de dépeindre sa personnalité, son style et sa vie dans sa façon de rider. On y représente son image et son identité. Quand on observe le caractère de quelqu'un on peut dire s'il a une manière plutôt artistique de faire les choses, ou s'il a une attitude plus sportive. Et je pense que dans le skate il est impossible de déterminer le trait dominant des deux.
Quelques questions rapides pour finir : Si tu pouvais revenir en arrière, que changerais-tu ? Rien du tout. Je voudrais tout revivre pareil. Tout arrive pour une raison.
A quoi ressemblerait ta ‘dream session' ? Etre capable de skater tout le temps avec tous mes amis. Et soyons fous, disons tout autour de la planète !
Ça risque de s'annoncer comme une très longue session ! Oh que oui ! (rires)
Quels conseils donnerais-tu aux jeunes skateboardeurs ? Sois un bon exemple pour tes amis et ta famille. Si tu veux passer pro, tu dois d'abord ressentir un désir passionné, placer la barre très haut et faire attention à ce qui peut t'atteindre et t'empêcher d'arriver à ton but. Impose toi des objectifs ambitieux et fais tout ce qui est ton pouvoir pour les accomplir. En restant correct, attention ! Et évite les mauvaises fréquentations qui détruiront tes chances. C'est valable pour la vie de tous les jours pas seulement pour le skate.
Très bien. Je crois que j'en ai terminé. Merci beaucoup pour tout le temps que tu m'as accordé. Non, merci à toi. Je me sens heureux et reconnaissant que tu m'aies proposé cette interview.
Domicile : Huntington Beach Sponsors : Red Kross, Independant Trucks, Spitfire Wheels
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Interview par Nadine Huiban. Intro par Pif. La quasi-totalité des photos sont de Independent Trucks sauf indiquées
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