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Kelly Slater
Surf 08/06/2009 Kelly Slater
4 The Love
Hossegor, 90's

Quand j'étais plus jeune, Kelly Slater m'énervait. Chaque été dans les landes, c'était le même délire hystérique autour de lui, avec toutes ces filles en rut dès qu'il apparaissait sur la plage ou au Rockfood... Même ma copine de l'époque, pourtant surfeuse aguerrie, se transformait en grue de la pire espèce à peine « Keeeelllyyyyy !!!!! » pointait le bout de son nez en dehors de son appart. Insupportable. J'avais beau lui expliquer que KS était victime d'une sale acné, d'une calvitie précoce et tenait un rôle grotesque dans une des pires séries qu'Hollywood nous ait servi, rien n'y faisait : Kelly lui faisait tourner la tête, ainsi qu'à des millions d'adolescentes de par le monde.
 
Bon, en même temps, je vénérais secrètement le surfer, fabuleux, hors norme. Pas du genre « fan de » donc, j'étais très circonspect sur tout ce battage médiatique autour de sa personne, mais pour rien au monde je n'aurais raté une ITW de lui dans un mag ou une de ses apparitions télé (exception faite de son rôle de Jimmy Slade dans Arlette à Malibu). Moi aussi je le « kiffais grave », mais en tant que sportif exceptionnel, pas comme une rock star...

Le temps a passé, et, comme tout le monde, j'ai continué d'halluciner sur le bonhomme, sur qui les années ne semblent avoir aucune prise. Toujours plus fort techniquement, de plus en plus puissant, et toujours le surfer le plus innovant malgré la trentaine largement entamée.
 
Les années Bush.

C'est à partir de ce moment que Kelly Slater, l'homme, s'est révélé à moi, si j'ose dire. Ce type prend position, il est d'ailleurs le seul sur le Tour, contre la politique guerrière et obscurantiste de la clique à Deubeule You. Ces planches arborent des slogans et décos sans équivoque. Il ne rate pas une occasion pour stigmatiser dans les médias la guerre d'Irak et ses désastreux effets sur le monde et sur l'image de l'Amérique. Rien d'héroïque cependant, moult artistes américains faisant de même. Néanmoins courageux et surtout la marque d'une conscience politique chez Slater. Plutôt rare chez les surfistes professionnels...

Ses tergiversations quant à la poursuite ou non de sa carrière sur le Tour m'apparaissent alors plus comme le signe d'un homme qui doute et réfléchit que comme un plan marketing ou un caprice de star. Kelly est en réalité un personnage fascinant, qui dégage une aura qui va bien au-delà du microcosme surf. C'est une icône moderne, un modèle, un héros à partir duquel les kids peuvent s'identifier et se projeter. Comme Robby Naish, Zidane, Tony Hawk ou Magic Johnson. Et même peut-être plus.

Il s'engage pour l'environnement alors que les States refusent de signer le protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effets de serre. Et puis Kelly perd. Enfin. Il se heurte à Andy Irons quand il décide de revenir sur le WCT, sa domination jusque-là outrageuse est mise à mal. Il n'est plus tant cet extra-terrestre qu'un humain avec ses failles... et sa popularité va toujours grandissante.
 
KS et sa déco "anti-war"
 
Réunion, Rip Curl Pro, 2005.

Alors que l'étape « Search » se déroule à St Leu, je profite d'un beau swell bien orienté pour surfer le spot en bas de chez moi, « somewhere », comme on dit. Un bon 2 m parfait, vent off-shore. Alors que je quitte la passe pour le spot proprement dit, je vois assis tout seul à l'épaule un surfer chauve, particulièrement baraqué (en vrai, KS est une vraie marmulle). Alors que je m'approche de lui, je réalise que ce type est Kelly Slater. Sans m'arrêter (pas envie de le saouler) je le salue et lui lance un encouragement pour le titre. Il me répond presque timidement mais me regarde dans les yeux : « Merci beaucoup ». Et Je file au pic. Lui reste à l'épaule à observer la vague. Il n'y a pas plus de 10 surfers à l'eau sur les 3 sections que compte le spot. La session est magique. « Wow, Kelly Slater est là, faut que j'assure » me dis-je in petto. Préoccupation ridicule car Slater en a certainement rien à carrer.

Qu'importe, je me la joue tueur du spot et me jette sur une vague de série super tendue. Late take-off et gros pompage dans le curl pour passer la section qui jette au loin. Sans succès, je finis par un beau tout droit... et me retrouve finalement à côté du Kelly, toujours en observation. Il me lance un grand sourire, avec le pouce en l'air et me dit : « Yeah man, very good wave ». Je suis en transe. Kelly Slater vient de me complimenter ! Puis, j'ai compris : ce type est tout simplement gentil. Il sait que le surfer lambda n'oubliera pas un mot sympa de sa part. Ca ne lui a rien coûté, mais il n'était vraiment pas obligé. D'ailleurs, le lendemain, Strider Wasilewski et Andy Irons décident eux aussi de tâter de ce spot, qui marche bien mieux que Saint Leu, sans épaule avec cette orientation de houle. Ces 2 gars contournent tout le monde, sans un regard pour personne et encore moins de bonjour. Depuis ce jour, moi aussi, je suis une groupie de Kelly.

Alors, quand son autobiographie « For The Love » est sortie, je me suis précipité telle la midinette émoustillée pour la commander sur le net. Je guettais ensuite mon ami le facteur tous les matins, priant pour qu'il dépose dans ma boîte aux lettres cette petite part de KS...
 
 
« For The Love », autobiographie coécrite avec Phil Jarratt

Je ne vais pas vous révéler ici les meilleurs morceaux de cette autobiographie co-écrite avec Phil Jarratt, célèbre journaliste et écrivain surf. Simplement essayer de vous encourager à pénétrer un peu plus le « Kellyworld », univers singulier et mystérieux.

Mystérieux car Slater, même s'il livre pas mal d'élément sur sa personnalité et sa carrière, demeure une énigme, à mon avis y compris pour lui-même. KS est un homme complexe, avec de nombreux centres d'intérêt, un type à la fois introverti (depuis le divorce de ses parents alors qu'il avait 8 ans) et extraverti, comme lorsqu'il confie qu'une de ses grandes passions est de connecter des personnes aux univers radicalement différents comme des sportifs et des artistes par exemple.

Sentimental. Le King est un sentimental et certaines des personnalités interrogées dans ce bouquin insiste là-dessus : les femmes, c'est son talon d'Achille. KS est un affectif, un sensible. Il revient par ailleurs sur ses « mamans de substitution », indispensables lorsqu'il est sur le tour et a besoin de réconfort...

Cérébral et torturé. Manifestement, Kelly possède un cerveau bien fait et enclin à l'introspection. Il s'intéresse à la politique et bien évidemment à la cause environnementale dans laquelle il investit une partie de sa fortune et de son temps. Preuve qu'il est définitivement humain, Kelly dit aussi des conneries qui reflètent plus le fait qu'il n'a peut-être pas assez étudié du fait de sa carrière de surfer professionnel. Exemple : sa position « à la Claude Allègre » sur le réchauffement climatique (ceci bien qu'il pratique la compensation carbone)...

Il se questionne sur les attentats du 11 septembre et sur les étrangetés de l'enquête américaine et s'amuse de ce que certains de ses potes le qualifient de « théoricien du complot ».

Torturé, car le Slater a apparemment fait un gros travail sur lui-même et avoue avoir suivi une sorte de psychothérapie rédemptrice. Il évoque souvent l'égoïsme dont il a pu faire preuve par le passé et cherche à devenir un homme meilleur, un père plus présent (il a une fille d'une douzaine d'années)...

Spirituel : bien que pas spécialement croyant, Kelly est un homme qui pense beaucoup à la mort, au destin, au sens de la vie. Il a été marqué par la disparition de certains de ses amis comme Donnie Solomon, tué en 1995 par une vague assassine à Waimea (North Shore d'Hawaii). Il parle du rôle du surf dans sa vie et dans celle de tout surfer et en conclut que « la vie et l'amour valent bien plus que le surf » et ses exploits.

Bref, Kelly Slater est sans doute le sportif le plus fascinant de sa génération, tous sports confondus. Il est un artiste (même si on n'est pas obligé de kiffer sa musique), un visionnaire (évolution du sport, piscines à vagues...), un surfer de génie évidemment, et un homme doté d'un égo très développé mais qui fait son possible pour s'améliorer en tant qu'humain.

A ce titre, la lecture de « For The Love » devrait inspirer un certain nombre de surfers égotistes, notamment pour tout ce qui est de remettre l'acte de surfer à sa juste place (qui est le héros ? Le chirurgien qui sauve des vies ou le surfer qui gagne une compétition ?) et pour tout ce qui touche la notion de partage, dans les vagues par exemple.

Vous ne saurez pas tout du phénomène après la lecture de ce bouquin, par ailleurs richement illustré. Slater est et restera une énigme. Et c'est tant mieux. Juste une citation pour finir : «J'étais un fan de Kelly avant. Je le suis encore plus maintenant ». Phill Jarratt. Moi aussi.

"For The Love" :

Relié: 192 pages
Editeur : Chronicle Books (1er octobre 2008)
Langue : Anglais
ISBN-10: 0811862224
ISBN-13: 978-0811862226
Prix : une vingtaine d'euros sur le net.

Zedron.
 
margry le 27/07/2009 à 20h42
Tres tres bel article, je me suis régalé a le lire et ca m'a donné envie d'en savoir plus sur cette legende du surf! Vraiment excelent mec merci
Jamega le 23/06/2009 à 13h30
Excellent article, bravo
Jeremy le 08/06/2009 à 15h51
Merci pour ce bon article sur le roi Kelly. Sa position sur le changement climtique m'intrigue un peu, ça me donne envie de lire la bio pour mieux comprendre...

http://parisbali.wordpress.com
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