Surf 18/11/2008Le circuit WQS expliqué par Rappus+ vidéo freesurf
Tout ce que vous voulez savoir sur le circuit qualificatif WQS : jugement, cutoff, seeding...
1. Qui peut participer ? Combien ça coûte ?
Tout le monde pour les WQS classés de 1 à 4 *. Au-delà (5*, 6* et 6* prime), il faut un classement. Par exemple cet été j'ai fait tous les WQS européens sauf celui d'Hossegor (Rip Curl Super Series, 6* prime) où il fallait faire partie du top 100 mondial.
Pour les 1,2 et 3* il faut acquitter entre 75 et 125 euros de droits d'inscription, un 4* c'est 150 euros, pour les 5 et 6* c'est 180 euros... Comme tu vois, c'est pas vraiment donné, en général ce sont les sponsors qui prennent en charge ces frais, en ce qui me concerne c'est AOL via le team AIM qui a payé.
Il s'agit plus de financer le fonctionnement de l'ASP plutôt que de dissuader les types pas sérieux ou n'ayant pas le niveau...
2. Comment ça s'est passé pour toi cet été : par exemple, tu voyageais seul ?
Il vaut mieux voyager à plusieurs, c'est préférable à tous les niveaux : partages des frais, mise en commun des réseaux de connaissances et évidemment pour le moral et le fun. Moi j'ai trippé avec Abdel el Harim (top surfer marocain ndlr) avec qui je m'entends très bien. On n'a pas de sponsor en commun, juste des affinités.
Un autre truc important est de se ménager la possibilité de loger pas loin des sites de compétition, de bien manger, bref d'être dans un environnement rassurant tout en fuyant les distractions, nocturnes notamment.
3. A ce propos, y a t-il des groupies qui vous tournent autour ou ce n'est que pure légende ?
Ah... Il y a tout un tas de bénévoles « employées »par les organisateurs qui sont des fans des surfers. En général tu retrouves un peu les mêmes tous les ans... Ces nanas connaissent tout le monde, ce sont des « groupies VIP ». Comme tu peux t'en douter, des liens peuvent se tisser entre les surfers et ces sympathiques demoiselles, des numéros de tél. s'échangent, ça chatte pas mal sur msn...
4. Revenons à quelque chose de plus sérieux : les critères de jugement sur le WQS
Il y a eu une évolution certaine : on est passé d'un critère quantitatif à quelque chose de plus qualitatif. Par exemple, de mettre un paquet de petites manœuvres sans puissance, ça ne paie plus. Comme les gars qui faisaient « l'essuie-glace » en backside sans bottom turn...
Aujourd'hui, les juges attendent trois grosses manœuvres, avec beaucoup d'engagement sur la 1ère, de la prise de risque et du contrôle. Si tu fais ça tu peux scorer 8 points et plus, il faut des vrais bottoms, taper très haut la lèvre et déplacer plein d'eau, bref de l'explosivité. Cet été j'ai travaillé mon surf pour être plus dans les critères, plus de gnac, de plus grosses gerbes, car on a pu me reprocher par le passé d'être trop « facile »... Ca a été payant notamment sur le QS de Pantin (où Adrien a atteint le 4ème tour et sorti entre autres Shaun Cansdell ndlr).
5. Quel est le parcours-type d'un mec qui se lance sur les WQS ?
Personnellement j'ai un parcours plutôt atypique (en effet, Adrien a lâché les compètes pour les études pour ensuite se lancer sur le WQS, cf ITW)...
En général, c'est un cheminement qui commence assez tôt avec les pro-juniors et le King Of the Grom (championnats du monde junior officieux). Puis vers 17-18 ans, si tu marches bien tes sponsors t'inscrivent à 5 ou 6 WQS européens et, selon tes résultats, l'année suivante tu feras plus de contests et on te demandera de choisir entre les pro-juniors et le circuit WQS. Par exemple Marc Lacomare a plutôt opté cette année pour le circuit pro-junior tandis que Joan Duru s'est vraiment lancé sur les QS.
6. Existe-t-il une grosse différence de niveau entre le top 50 et le top 200 ?
Oui et non. Tout le monde fracasse mais les gars qui appartiennent au top 50 sont réguliers, leur surf en compète ne descend jamais en dessous d'un certain niveau. Pour appartenir à cette élite, tu dois être capable de faire des quarts de finale et de passer au moins 3- 4 tours au pire. Après, regarde un type comme Shaun Cansdell qui a remporté les super series (6* prime) et un autre gros QS en 2007. Sur 2 contests, il a pris 5.500 points mais n'a pu atteindre le cutoff car hormis ces 2 gros résultats, il n'a rien fait, trop irrégulier. Alors que d'autres gars du top 50 n'arriveront jamais à gagner un gros event mais seront plus réguliers.
Concernant le niveau de surf proprement dit, être dans le top 200 ne veut pas dire grand-chose. Prends un brésilien super fort mais qui n'a pas une thune, il fait un gros qs près de chez lui et fait un résultat qui lui rapporte disons 1.300 points mais n'aura pas le soutien pour faire d'autres compétitions. Il se retrouve dans les 200 à côté de mecs beaucoup moins forts mais qui auront pu participer à plus de contests.
7. Quelle est l'incidence des moyens financiers d'un surfer sur sa carrière ?
Ce paramètre est important en début de carrière pour justement participer à plein de compétitions et s'aguerrir. Là, la différence entre un européen soutenu par sa famille et ses sponsors et un petit brésilien est énorme. Après, c'est comme tout, dès que tu montres que tu es capable de passer des tours les moyens viennent à toi... en principe. Donc oui, les sous de la famille comptent beaucoup au début, après ça s'estompe.
8. Parle-nous du fameux cutoff, le nombre de points à atteindre pour la qualification...
Pour la qualification sur le world Tour, on ne retient en fin de saison que les 7 meilleurs résultats des surfers. Ce qui signifie qu'au-delà de ton 7ème résultat, tu remplaces tes plus mauvais scores par des résultats plus élevés. D'où l'intérêt, à total de points égal, d'avoir en milieu de saison d'un côté de très bons résultats et de l'autre de très mauvais à jeter pour avoir une marge de progression. Donc, le classement en début de saison ne veut rien dire. Il faut attendre que tout le monde ait 7-8 results pour se faire une idée de qui pourra se qualifier ou pas, de la valeur du cutoff (qui se calcule en prenant en compte le nombre d'events 6* de l'année).
Aussi, à partir du milieu de l'année, les pros du World Tour, notamment ceux qui risquent d‘avoir à se requalifier par le WQS, débarquent et changent la donne. En 5-6 contests ces mecs rentrent dans le top 20 (exemple : Tiago Pires cette année) et font que le cutoff, c'est-à-dire le nombre de points à atteindre avec tes 7 meilleurs résultats, change (peu de gars du World Tour sur les WQS cette année, le cutoff est actuellement de 11.000 points). Moins il y a de surfers du WT qui participent aux WQS, plus le cutoff augmente.
Si un surfer est dans les 5-6 premiers en octobre, il peut être sûr en principe de sa qualification mais pas de son classement définitif. Par exemple, Tim Boal : on a su assez tôt sa qualification mais n'ayant pu participer à d'autres contest ensuite (blessé), il est passé de la 3ème place à la 5ème. Ainsi, pour savoir si un surfer est qualifié avant le terme de la saison, on envisage son total de points dans le pire des cas (il n'améliore aucun score) et le meilleur résultat possible de ses concurrents, et on voit s'il est possible ou pas qu'il se maintienne dans le top 15 jusqu'à la fin de l'année.
9. Au-delà de la qualification, quelle est l'importance du classement final WQS ?
Enorme : le seeding. Le type qui se qualifie de justesse pour le WT en étant 15ème au classement définitif WQS va devoir affronter les têtes de série du WT lors des 1ers tours... C'est ce qui s'est passé pour Miky Picon la première fois qu'il s'est qualifié. C'est comme dans le tennis : le système est pensé pour permettre aux meilleurs de se rencontrer dans les phases finales des compétitions.
L'exemple opposé, c'est celui de Jérémy Florès l'année dernière. Il s'était qualifié en remportant le WQS, il a ainsi pu bénéficier d'un bon seeding sur le world tour en surfant contre le n°15 du WT lors des 1ers tours des différentes étapes (=le meilleur surfer qu'il affronte au 1er tour-3 surfers en lice- est 15ème au classement de l'année précédente). D'où l'intérêt de se maintenir en haut du classement WQS, même si l'on est déjà qualifié.
10. Une question plus personnelle pour finir. Excellent freesurfer, tes résultats ne suivent pas toujours en compétition (top 200 WQS). Qu'est-ce qui pêche ?
Techniquement, je dois surfer plus puissant, plus agressif. Surtout, d'un point de vue stratégique, il faut « faire le chien », bloquer les gars etc. Mieux choisir ses vagues, sinon tu ne peux pas scorer haut. Par exemple, les australiens marchent bien parce qu'ils sont super marins, qu'ils repèrent mieux que les autres le pic.
Adopter une stratégie et la conserver jusqu'au bout, comme par exemple sur les beachbreaks (parier sur un pic plus ou moins au Nord ou au Sud etc.). J'ai quand même le sentiment que j'ai progressé cet été sur ces points, mais je suis encore trop « doux »...