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Christian Guevarra
Surf 19/06/2005 Christian Guevarra
"Che" s'est allongé pour la première fois sur une planche au Pérou. Aujourd'hui il s'assoit au Conseil d'administration de l'Eurosima et représente plusieurs marques européennes. Histoire d'un surfeur de gros reconverti.
Photos : Thierry Gibaud
Tu es Péruvien, la nouvelle championne du monde est une compatriote, et pourtant votre pays natal n'est pas connu pour être une mine de spots.
Le Pérou est un pays très exposé aux houles du Pacifique Sud. Il présente une longue côte d'environ 2500 km où prédominent les gauches, dont quelques-unes mythiques comme Chicama ou Cabo Blanco. Il y a aussi des spots qui tiennent de grosses houles, comme Pico Alto ou Penascal.

Le surf est arrivé au Pérou dans les années 50, quand il est devenu à la mode parmi l'élite des hommes d'affaires et autres banquiers, avocats ou même sénateurs.
A cette époque on a construit le célèbre Club de Surf Waikiki, un des plus sélects de la capitale, juste en face de la baie de Lima. On raconte que des valets préparaient le matériel pour l'amener jusque sur la plage.
Mes parents ont fait construire une maison de vacances à San Bartolo au sud de Lima quand j'avais neuf ans. Ça a été le déclic. J'y passais tous mes étés et une grande partie de mes hivers.

 
Ton palmarès, ton parcours de surfeur pro ?
Avant de quitter le Pérou, j'étais deuxième au classement junior. Ensuite j'ai commencé ici par les compétitions régionales, après quoi je suis passé aux nationales, avant les européennes et quelques WQS.
 
Je n'ai jamais excellé en compète. Au mieux j'ai fait deuxième en Championnats de France, troisième en Championnats d'Europe, et le meilleur, selon moi, cinquième en Championnats du Monde de Grosses Vagues à Todos Santos au Mexique. Après ce résultat, mes sponsors m'ont laissé la possibilité de poursuivre les compétitions ou de m'orienter vers le freesurf. Le choix a été vite fait : j'ai commencé à beaucoup voyager pour faire des photos ou des vidéos. C'était mon rêve d'enfant. Et quand je le pouvais je suivais quelques épreuves professionnelles.

 
Tu as été sélectionné pour des épreuves de big wave et tu pratiques le tow-in, notamment à Teahupoo.
Comme je le disais, le Pérou possède une côte très exposée aux houles du Pacifique. Elles arrivent avec beaucoup de puissance et de hauteur, ce qui fait que la moyenne des vagues à l'année est de 1m50 / 2m, et de plus de deux mètres hors saison. Il n'est pas rare de se payer des vagues de 4m voire plus pendant l'hiver.
 
C'est comme ça qu'un jour, quand on avait 12 / 13 ans, on est parti à la rame jusqu'à Penascal, un point break réputé pour ses grosses vagues et sa puissance qui casse au large de San Bartolo. Il devait y avoir 2m, peut-être 2m50 mais pour nous c'était Waimea ! On était tous morts de trouille, d'autant plus qu'on était les seuls dans l'eau. L'un d'entre nous a pris une vague et c'était parti. On voulait tous faire pareil. C'était à qui partirait le plus à l'intérieur... Ça a été une session de rêve.
 
Comment imagines-tu le développement du tow-in ?
Il faut d'abord savoir que le tow-in est une activité qui peut être très dangereuse, plus par rapport à la machine qu'aux éléments. Il y a aussi la facilité d'accès aux vagues sans avoir forcément le niveau. Tout cela fait qu'il faut prendre le tow-in très au sérieux, tant au niveau de l'entraînement physique que de la pratique, et de la conduite dans les vagues. Il est nécessaire d'avoir des conditions de sécurité optimales.
 
Mais ce qui me fait le plus peur c'est de me retrouver dans des situations telles que celle qui a eu lieu à Maui : JAWS en Janvier dernier. Il y avait plus de 50 équipages entre les vagues, et un ami qui était sur place m'a dit qu'il y avait même des bateaux de touristes affrétés pour venir gêner le line up ! Dans ce cas le danger vient de la surpopulation plus que de la houle.
Pour ma part, j'aime beaucoup Hossegor pour le tow-in. Les conditions y sont idéales.

 
Ton spot préféré ?
Hossegor, Todos, Huaico (mon coin au Pérou), Cabo Blanco, Mundaka, et plein d'autres...

 
Un bon souvenir de trip ?
En 98 j'allais de Todos Santos, en Basse Californie, à San Diego où je devais prendre un avion pour la France. J'avais des images et des sensations plein la tête après un contest big-wave. On avait eu des vagues énormes (10M+) et j'avais fait mon meilleur résultat de compète. Le seul hic c'est que j'avais aussi cassé la planche magique que mon team manager m'avait prêté pour l‘occasion. J'étais tout nerveux à l'idée de lui annoncer la nouvelle. Quand je l'ai eu au téléphone, il m'a simplement dit de rappeler Rusty Preisendorfer.
Du coup, j‘étais encore plus nerveux. Je croyais que la chose avait pris des proportions démesurées. J'ai donc appelé Rusty en m'excusant... et là il a commencé à rire et m'a annoncé que je devais annuler mon billet pour la France, que comme j'avais fait un bon résultat à la compète, je partais avec lui et le team international à Fidji pour passer 10 jours sur Tavarua. Le rêve : 10 jours de Barrels et de conditions incroyables. La planche magique, personne ne m'en a reparlé. Elle est restée pendant plusieurs années dans le hall d'entrée de REEF Intl. à San Diego, après que Fernando Aguirre, le PDG, m'ait demandé de la signer pour eux.

 
L'histoire de la vague que tu as découverte aux Mentawaiis ?
C'était le premier trip que je faisais sur ces îles. A l'époque la destination était beaucoup moins courue que maintenant. Un jour pendant une traversée, j'ai vu depuis le pont du bateau une vague déferler derrière une île minuscule. J'ai demandé au capitaine qui m'a répondu que ce n'était pas « surfable », mais que comme on devait faire une pause repas, on pouvait en profiter pour faire un détour et aller y jeter un oeil.
En arrivant je me suis mis a l'eau tout seul pendant que les autres mangeaient. Je me suis fait enfermer sur la première vague, mais sur la deuxième j'ai fait trois barrels dont un de plusieurs secondes. Quand je suis sorti de la vague elle a soufflé encore deux fois ! Tout le monde s'est excité sur le bateau. Je voyais les gars sauter par-dessus bord de tout les côtés. On a eu une session de barrels tout l'après-midi, pendant cinq ou six heures. Le soir au dîner le capitaine m'a demandé de trouver un nom au spot car c'était moi qui avais inauguré l'endroit. Discos.
 
Car la petite île autour de laquelle déroule la vague ressemble, par sa taille (5m de diamètre) et ses 3 palmiers, à la piste de danse d'une discothèque tropicale. En repartant, je me suis dit que le capitaine faisait sans doute le même coup à tous les nouveaux. Mais l'autre jour en sortant de l'eau à Lafitte, j'ai croisé un pote qui organise des charters sur les Mentawaiis. Il m'a dit qu'il était en train d'explorer le Sud de l'archipel et notamment un spot secret : Discos...

 
Ton poste dans les bureaux de Rusty a marqué la fin de ta carrière pro et tu es aujourd'hui totalement reconverti en homme d'affaires.
J'ai eu la chance de pouvoir me reconvertir chez Rusty où j'ai beaucoup appris. En parallèle, j'ai bouclé un MBA à San Sebastien pour combler mes lacunes en management, finances, etc. J'avais déjà une maîtrise en Informatique. Par la suite j'ai rejoint l'équipe d'Olatu. Le changement à été dur pour moi car j'étais lié à Rusty depuis plus de dix ans. Mais avec Olatu j'avais la possibilité d'acquérir plus de responsabilités et d'expérience. OLATU Sl est une société espagnole qui a plus de 30 ans dans le milieu du surf. Elle fait office de distributeur européen pour le label californien LOST, ainsi que pour sa propre marque PUKAS. Elle s'implique aussi dans la fabrication de planches de surf (on en sort plus de 4000 par an) et dans la distribution, avec notamment FCS pour l'Espagne.
 
OLATU Sl est une société espagnole qui a plus de 30 ans dans le milieu du surf. Elle fait office de distributeur européen pour le label californien LOST, ainsi que pour sa propre marque PUKAS. Elle s'implique aussi dans la fabrication de planches de surf (on en sort plus de 4000 par an) et dans la distribution, avec notamment FCS pour l'Espagne. Je suis aujourd'hui Brand Manager des Marques d'OLATU en France, et Directeur du Marketing du groupe pour l'Europe.
Je suis rentré au conseil d'administration de l'Eurosima depuis ISPO Hiver. Eurosima est l'association des marques de surf en Europe, et je pense pouvoir apporter un point de vue différent, par rapport à notre activité où matériel (Surfboards) et textile cohabitent au jour le jour.
 
Tu as été président de la Surfrider Fondation Europe, une asso aujourd'hui reconnue, bien que la situation empire au quotidien.
Quand on parle d'environnement en général, on pense tout de suite aux organismes publics ou aux instances internationales. Je crois au contraire qu'on devrait prendre l'écologie plus personnellement. Si chacun faisait un peu de son côté, je suis sûr que l'on pourrait apporter énormément...
Cela dit, il faut aussi entreprendre des actions plus institutionnelles . Le côté core est très important, c'est en tout cas ce pour quoi Surfrider se bat, en développant des programmes destinés a informer le public.

 
Trouves-tu toujours le temps pour surfer ?
Heureusement oui... J'essaye d'aller à l'eau quatre à cinq fois par semaine.

 
Tes nouveaux projets et objectifs à moyen terme ?
J'ai un petit gars qui arrive bientôt : Hugo. C'est sans doute le plus gros challenge de ma vie mais on est très content.
Niveau business, j'espère pouvoir continuer à faire grandir nos marques, tout en gardant l'esprit du surf, qui selon moi est primordial dans notre industrie.
On en reparlera dans quelques années...

 
Et pour finir, les liens vers les sites que tu veux promouvoir ?
 
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