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Portrait/ ITW d'Antony-Yep-Colas
Surf 21/01/2008 Portrait/ ITW d'Antony-Yep-Colas
Avec plus de 80 surftrips à son actif dans une cinquantaine de pays, dont un bon paquet de destinations a priori improbables, Antony « Yep » Colas, rédacteur en chef du célébrissime World Stormrider Guide, est le surf-tripper français de référence.
Antony et son frère, riders de mascarets
 
Il a même inventé une nouveau métier : «spotologue» ; la spotologie étant « de l'océanographie appliquée au spot de surf, la combinaison magique de la terre et de l'Océan ».

Né à Périgueux le 20 octobre 1968, Antony immigre à l'âge de deux ans à Parentis dans les Landes, puis à Biscarosse. A 13 ans, il découvre émerveillé le surf avec son grand frère... Et les galères pour se rendre sur le spot. En effet, habitant à 10 bornes de la plage, le jeune Antony se tapera durant ses 2 premiers étés de surfing 1h30 de vélo plus de l'auto-stop pour rejoindre son Saint Graal. On comprend mieux après la suite de sa carrière surfistique, articulée autour de quêtes laborieuses et opiniâtres et de découvertes extatiques (orgasmiques ?).

Antony est donc l'antithèse du beach bum glandouillard et localiste. Il ne compte pas ses heures quand il s'agit de pondre une nouvelle œuvre spotologique.

Bosser, ok, mais pas faire n'importe nawak. Plutôt doué à l'école, Antony s'oriente au départ vers les hautes sphères commerciales. « Erreur d'aiguillage », comme il dit.
Après deux ans de prépa HEC (Toulouse puis Bayonne), il intègre Sup de Co Nantes...Où il finit avant dernier de sa promotion. C'est que le virus du voyage a commencé sérieusement à faire son effet : « Entre mes 2 années de prépa, j'ai eu le “malheur” de découvrir l'île indonésienne de Bali pendant 45 jours de surf parfait (...). C'était l'été 87 et je partageais ce trip inoubliable avec Nicolas Dejean, mon “mentor” (...). Pendant ses années d'études, Antony partira 11 fois en surf trip...
 
Antony s'apprête à surfer le  Dragon d'argent, en Chine Ensuite ? Une fois diplômé, Antony part en Amérique du Sud pendant un an et demi et se cale au Pérou (à Mancora, la fameuse étape Chilienne « Search »du world tour 2007). Il a bien failli y poser définitivement ses valises... « De superbes vagues dans un cadre aussi désertique qu'idyllique, une petite amie péruvienne magnifique et une “douceur” de vivre locale enivrante : j'avais trouvé mon paradis !
Pourtant, Antony se montre raisonnable et se dit qu'il risque d'avoir du mal à se « réinsérer » s'il prolonge son séjour sud américain plus longtemps. Il rentre en France et se retrouve dans un tout autre trip : il s'installe à Paris et travaille pour la promotion du patrimoine français à l'étranger. Arrrgghh : Paris ?

L'intermède parisien ne tuera pas la passion d'Antony. Au contraire. Il continue de voyager et de surfer grâce aux mags de surf et aux « surf reports » (fiches pratiques éditées en Californie qui détaillent les destinations surf du globe). S'apercevant que le surf report de la France n'est pas à jour, notre apprenti spotologue propose aux éditeurs de le réactualiser. Ces derniers acceptent et le chargent également de réactualiser l'Europe et une partie de l'Afrique. Puis Antony rencontre à Londres en 1995 les gars de Low Pressure, éditeurs du Stormider Guide Europe, et entame une collaboration avec eux. Dans la foulée, il quitte Paris, s'installe au Pays Basque et participe à la création du 2ème magazine de surf français Trip Surf. Fin 95, il crée son entreprise « YEP », édite en 96 Lexigliss (dictionnaire des sports de glisse) et fait le tour de France en R11 pour distribuer le Storm Rider Guide Europe dans les shops et autres fnacs.
 
L'OVS, 1er traité de spotologie Depuis lors, notre spotologue n'aura de cesse de jouer au détective pour dénicher sur le net (son outil de prédilection) moult infos, de partir surfer aux 4 coins du globe, de faire des articles pour les mags français... et de rédiger en anglais pour les World Stormrider Guides.
Il commettra également l'OVS (« Océans, vagues et spots, foire aux questions »), premier bouquin de « vulgarisation spotologique » jamais publié (cf article associé en bas de page). Pas fatigué, Antony organise de puis 2005 des boat trips aux Maldives, archipel dont il est tombé amoureux en 1999.

Réduire l'œuvre de Monsieur Colas à la recherche mécanique de breaks parfaits et à la compilation de ses découvertes serait une erreur grossière. Ce type est en quête d'absolu. Une véritable dimension philosophique se cache là-dessous. La découverte est perpétuelle : « peu importe le but, c'est le chemin qui compte »...

L'optimisme qui sous-tend son travail est rafraîchissant à l'heure de la surf-blasitude généralisée : Antony ne verse pas dans le discours genre « c'est mort, il n'y a plus de spots secrets, c'est blindé partout etc etc... ». Au contraire, pour lui, notre planète regorge de belles vagues, insoupçonnées, totalement vierges. Un optimisme qui ne l'empêche pas de faire preuve de réalisme au sujet de l'impact de l'homme sur son environnement naturel : « Protection des spots, sanctuarisation des zones de surf, régulation éthique des surfcamps et charter boats...Y'a du pain sur la planche et pas que du pain de wax ».
 
antony, roll backside
 
Petite ITW sur le thème du surf décalé...

Z : Tu fais partie des premiers à avoir donner un peu de crédibilité au surf et aux vagues méditerranéennes, ça te vient d'où ?


AC : Pour moi l'Océan commence en Méditerranée. Je suis un fou de la Corse, j'ai dû y passer une quinzaine d'été, à faire de la plongée notamment...La méd dégage quelque chose de fort, de grand. Les couleurs et la lumière sont uniques. C'est une vraie histoire d'amour. C'est la richesse culturelle et le printemps éternel : j'adore ! J'y retourne chaque année.

Z : T'as surfé où en Méd ?

AC : Je suis parti en surftrip en Sardaigne, en Egypte, en Tunisie, à Malte... J'ai surfé quelquefois en Corse des petites vagues, sur la côte Ouest, mais c'était en été donc pas la saison. Je sais qu'à Pinarrellu (Sud-Est de l'île) il y a une super gauche qui marche avec du swell orienté plus au Sud. La Corse a un énorme potentiel, mais je pense que la Sardaigne reçoit encore plus de houle.

Z : Tes projets sur la grande Bleue ?

Je projette de tester la Lybie, le problème est que le trip est coûteux (peut-être Sarko, le nouvel ami de Khadafi pourra l'arranger ndlr), j'attends d'avoir le budget nécessaire. L'Algérie est en ligne de mire également, là, le souci c'est plus la sécurité. Et puis Chypre aussi...
 
Dure vie Z : Et la Méd. française continentale ?

AC : j'ai dû y surfer 3-4 fois, mais je n'ai encore jamais surfé de gros coup sur la Côte Bleue...Bientôt j'espère !

Z : il peut y avoir des vagues d'une taille et d'une puissance comparable à celle de l'Océan en Corse. En trip avec un pote il y a quelques années, j'ai vu lors d'un gros coup de Sud-Ouest (en hiver) des vagues propres qui pétaient sur un outer reef à bien 3-4 mètres... Tu ne trouves pas ça hallucinant qu'une mer fermée puisse générer de telles vagues ?

AC : La méditerranée est la plus grande mer fermée du monde, il n'est donc pas étonnant pour moi qu'il y ait de bonnes vagues. Contrairement à ce que beaucoup croient, tu n'as pas besoin d'un fetch (distance sur laquelle le vent souffle sans rencontrer d'obstacles) énorme pour avoir des vagues surfables. D'un autre côté, pour avoir de belles vagues qui diffractent (qui s'enroulent autour d'un cap, d'une digue) il faut une houle de vent de plus de 8 secondes de période...

Z : As-tu d'autres exemples d'étendues d'eau peu importantes capables de générer de belles vagues ?
 
Travailler c'est la santé AC : La méditerranée, même s'il s'agit d'une mer très profonde et balayée par des vents puissants est loin d'être un cas isolé. Le meilleur exemple est la côte Caraïbe du Costa Rica, avec des spots comme la Salsa ou Puerto Viejo. Tu peux surfer des vagues atteignant 4 mètres et bien power alors que le swell n'est généré qu'à une distance comprise entre 500 et 800 kms au large. De plus, tu ne prends pas le vent associé à ces houles et tu bénéficies d'un vent thermique venant des montagnes qui « cleanifie » le spot !

L'Adriatique aussi est un bon exemple. Au Nord de cette petite mer toute en longueur (côte orientale de l'Italie) on peut surfer des vagues de 1,50-2 m. Parfois un fetch de 30 kms à peine peut générer des vagues d'un petit mètre side-off shore !

Z : Que répondrais-tu à ceux qui affirment qu'il y a du monde à l'eau partout et qu'il ne reste plus beaucoup de spots à découvrir ?

AC : Qu'ils se trompent ! Il suffit de se connecter sur le « moulin à preuve » qu'est Google Earth.

Z : Quel est le truc le plus dingue que tu aies vu sur Google Earth ?

AC : Y'en a plein ! Tiens, je viens de repérer une gauche qui a l'air worldclass sur une île de l'archipel Juan Fernandez (au large du Chili, en plein Pacifique). C'est très difficile d'accès, il doit y avoir un bateau par semaine et encore quand la météo le permet. L'endroit est desert, pas un chat à part une poignée de scientifiques.

Il y a les vagues de ferry aussi : sur google earth tu vois les vagues d'étrave des bateaux, en Suède, à Rome, à Dieppe ou au Japon !

 
 
le pro Bede Durbridge déchirant ...la Dordogne Z : D'ailleurs tu as sorti un sujet là-dessus non ?

AC : Ouais sur les vagues de ferry en Turquie, dans Surfer's Journal. Le ferry, qui est un gros truc d'à peu près 70 mètres de longueur, arrive près du port à 30 nœuds (55 km/h) avec une grosse inertie, puis met un gros « coup de frein » qui crée une vague d'à peu près 50 cm, bien surfable. Il y a un bateau toutes les 2 heures, soit à peu près 5-6 vagues par jour !

Une autre vague de ferry délirante existe en Australie. Là, comme les fonds sont adaptés, ça tube carrément. Des mecs en bodyboards se mettent des tubes de 15 secondes !

Z : Et les vagues de rivière c'est un autre de tes dadas non ?

AC : Il y a les vagues statiques et les mascarets. Plus 450 vagues de rivières statiques surfables dans le monde sont répertoriées, dont « Hawaii sur Rhône » près de Lyon qui peut atteindre les 2 mètres (cf surf session du mois d'octobre).

Pour ce qui est des mascarets, hormis le « Dragon d'Argent » en Chine (cf article associé), j'ai emmené le surfer pro OZ Bede Durbridge surfer un mascaret sur la Dordogne en septembre dernier. Bede a adoré, il a placé sur certaines vagues plus de 20 rollers. Je suis un adepte des mascarets de la Dordogne et de la Garonne.
 
traque sur le net Z : C'est marrant, on peut avoir des bonnes vagues en bas de chez soi et se passionner pour le surf « zarbi » ?!

AC : disons que la rareté de certaines vagues crée de la magie, une vraie envie de les surfer. Alors que quand tu sais que le spot où tu habites marche souvent, t'as tendance à te dire que tu pourras toujours le surfer plus tard... C'est le syndrôme du bon resto en bas de chez toi où tu n'es jamais allé manger.

Z : Tu effectues une grosse part de ton travail sur le net. Que pourrais-tu dire sur cet outil ?

AC : On trouve tout ou presque sur le web, l'outil est phénoménal mais il faut se discipliner pour ne pas se laisser tenter par les curiosités parasites. Les distractions parasites sont très chronophages, il faut savoir cibler ses recherches et mettre le holà. Sinon je pourrais passer des jours entiers sur Google Earth. Il faut se fixer un temps pour une recherche précise et s'y tenir.

Ceci dit pour revenir sur l'efficacité de l'outil internet, il peut arriver qu'on ne trouve rien à se mettre sous la dent à part le visionnage sur Google Earth. Par exemple pour des destinations comme la Somalie. Pour faire mon surftrip au Pakistan, j'ai dû me débrouiller avec des bouts de ficelle : des publication parallèles dans des revues scientifiques...
 
Antony à Géthary
 
Z : Ca peut s'apparenter à un boulot de détective, ton taf. Tu pourrais faire un bon flic ?!

AC : C'est une forme d'espionnage les recherches avec mots-clés... Mais je me limite aux noms de spots ou d'endroits... C'est sûr que si je changeais le mot-clé « Raglan » par exemple par « Dupont », je pourrais savoir beaucoup de choses (rires)...

Z : La question qui tue : en tant que guide ès spots tu n'as pas trop de souci avec les « locaux » désireux de garder le spot pour eux ?

AC : C'est une question que l'on me pose très fréquemment ! Je te répondrais que dans l'ensemble, les éditions Low Pressure reçoivent très peu de plaintes ou de menaces de locaux. Ca existe mais ça reste très faible relativement à la quantité de courrier qu'on reçoit. Le « local » n'aura généralement pas la mauvaise foi de cracher sur le World Stormrider Guide car il se sert des infos qui y sont contenues quand il bouge surfer ailleurs ! Après, tu trouveras toujours des privilégiés, des « happy Few » qui considèrent qu'ils peuvent aller surfer ailleurs mais que les autres n'ont pas le doit de surfer chez eux, ça c'est de la pure mauvaise foi, une espèce d'élitisme médiéval. Tiens par exemple, un jour des types sont arrivés sur un spot en hydravion privé et sont venus m'accuser de faire du fric avec mes guides ! Ce n'est pas justifiable, c'est de l'égoïsme.

 
Mais la plupart du temps on peut dialoguer. Les temps ont changé, avec tous les moyens de communication à la disposition des surfers. Les seuls problèmes que l'on pourra rencontrer viennent de quelques rares « hermites du surf », ceux qui n'utilisent ni téléphone portable ni internet. Avec ce genre de gars, il est difficile de dialoguer !

Z : Toi qui surfe peu partout dans le monde, comment vois-tu l'ambiance sur les spots évoluer avec toujours plus de monde à l'eau, sur certains spots du moins ?

D'une façon générale je te dirais que le surf se banalise, ça n'a plus rien d'extraordinaire d'être un surfer. De cet état de fait découle un certain bon sens qui veut que le monde à l'eau est intégré par la plupart des pratiquants.

Par contre, c'est différent avec la starification de certains gosses, le sponsoring etc... Par le passé, les comportements agressifs émanaient de surfers « mûrs », pas de jeunes. Aujourd'hui je constate plus de comportement « agro » chez les gamins qu'avant... Mais dans l'ensemble ça reste cool.

Z : Merci Antony, continue de nous faire rêver avec tes trips passionnants et à bientôt !
 
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