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Le skatepark en France 4/5

Le skatepark en France 4/5

Skate
Le cas du concepteur-constructeur déjà bien en place, qui a à son actif quelques belles réalisations : Constructo.



Après le consultant, l'asso qui cherche un park pour sa ville et le park couvert construit par les gérant eux-mêmes, voici l'entretient avec le concepteur-réalisateur du projet. L'agence Constructo prend tout en charge, du début à la fin du dossier. Les mêmes questions que pour les autres, avec les réponses de Stéphane Flandrin, entrepreneur et skateur (tout peut arriver...). L'une des caractéristiques de Constructo est de donner aux parks des attributs qui les insèrent intelligemment dans la cité, et qui en font des lieux de vie agréable plutôt que de simples installations sportives.

Pour situer, Constructo a déjà réalisé les parks de Morteau, Valenciennes, Couëron, Nîmes, Bourgoin-Jallieu... et travaille sur des projets de grande ampleur comme le park couvert de Marseille (3500m²). En passant, ça balance un peu sur l'œuvre parisienne. Le site de l'agence permet aussi de se rendre compte du coût des projets selon leur taille et les matériaux choisis. Bref, une page à lire avant de se lancer pour construire un park.



-Au début, il y a la volonté des skateurs d'avoir quelque chose à skater. Qui est le catalyseur de cette envie pour mettre le projet sur pieds ?
C'est avant tout la motivation des pratiquants et leur investissement pour porter le projet. En général la volonté vient des locaux qui vont faire part de leurs souhaits auprès de l'élu responsable (sport et jeunesse). Il est très rare que ce soit une commune qui prenne les devants mais c'est déjà arrivé. La plus part du temps, c'est le conflit d'usage sur l'espace public qui pousse les responsables communaux à écouter les besoins des pratiquants.

-Vu que de nombreux skateurs dans des groupes différents d'une ville caressent l'idée d'un park, comment réussir à les canaliser ou les fédérer pour qu'un seul projet se réalise ?
Bien souvent ça part d'un groupe qui en en marre de skater des spots médiocre, de faire des kilomètres en voiture pour aller ailleurs, ou d'être en conflit permanent avec la municipale. Il faut donc entamer une discussion après une session et commencer à rêver, c'est primordial. Au fil du dialogue, le rêve collectif va se verbaliser et la motivation va augmenter d'un coup. Imaginer un lieu pour l'implantation du projet en prenant en compte diverses contraintes (éloignement, site sympa et original, proximité des voisins...)

C'est donc l'envie collective de se retrouver sur un vrai bon spot et un début d'hypothèse de la localisation qui fédère un noyau de skateurs, auquel s'ajoutera de plus en plus de monde au fil du temps.





-Faut-il se constituer en association ?
Oui, c'est essentiel pour être « représentatif » d'un certain groupe de personne afin de dialoguer avec l'administration Française. Les formalités sont très simples et ça permet de cadrer les choses en déterminant les responsables du projet parmi les pratiquants.

-Faut-il chercher un responsable suffisamment adulte et entrepreneur pour mener le projet à son terme ?
Oui, il faut que celui ou ceux qui sont censés représenter un ensemble de personnes soit crédible. Le critère d'adulte n'est pas indispensable dans la mesure où on sait s'exprimer, constituer un petit dossier, ne pas être intimidé quand on fait valoir ses droits auprès des responsables qui sont nommés pour y répondre.


-N'y a-t-il pas un pb de communication en général ? Ou du moins une différence de conception entre ce que veulent certains et ce que veulent d'autres skateurs ?
On arrive toujours à concilier des souhaits particuliers car la demande est avant tout la création d'un outil à plaisir, c'est-à-dire un bon park.
Il y à deux grand type de demande : du street ou du bowl. Si sur une même ville il y à ces deux demande il faut faire un projet polyvalent, c'est-à-dire assez grand et un budget correcte.

C'est un projet qui peu s'imaginer en plusieurs étapes (Nimes, Bourgoin...)
Après, c'est un travail de conception qui permettra de proposer les combinaisons de formes les plus amusantes possibles.

-Est-ce que les shops ont un rôle à jouer là-dedans ?
Oui, car c'est un lieu de rencontre et d'échange. C'est un lieu fédérateur qui est représentatif d'un groupe d'individus. Il démontre aussi un coté économique de la chose, même si ce n'est pas primordial pour la création du projet. Tant que le shop aide l'association pour l'organisation de réunion, pour la communication, c'est bon. En revanche un shop ne doit pas s'accaparer des droits sur un équipement public ouvert a tous.
Donc un shop est un plus, mais on peut faire sans.

-Au stade de la conception du park, il va falloir définir les grandes lignes, tomber d'accord. Faudra t'il ensuite un architecte pour réaliser les plans?
Le travail d'architecte consiste à organiser l'espace en fonction des souhaits et des contraintes. C'est bien plus que faire des plans. Au départ, Il y a un travail de projet à faire en fonction des attentes, du site, de son évolution, du budget, etc... Lors de ce travail de conception, l'architecte va enrichir le projet en conjuguant au mieux les composantes. Il en fait les plans et lance un appel d'offre pour la construction. De la, il sélectionne les entreprises en fonction de critère de prix et de technique. Après, c'est l'architecte qui dirige l'exécution de travaux et gère tout le coté administratif.


-Est-ce qu'il vaut mieux se fier à un architecte généraliste ou à des skateurs sans expérience des cotes et du dessin industriel ?
Les deux mon général... un architecte non skateur n'aura pas la sensibilité pour appréhender les lignes de pratiques, les hauteurs et les configurations. De la même manière, un skater non architecte n'aura pas la capacité de travail du projet dans sa globalité.
Le mieux, c'est donc de se fier à un skateur architecte. C'est notre cas (Stéphane et Samuel), ce qui nous a naturellement amené à créer l'agence Constructo. Avant nous, il y a eu Jean-Pierre Collinet, l'architecte du Bowl de Marseille.
Dans notre travail, la base est une discussion conviviale avec les skateurs pour échanger les points de vues avec des références de spots naturels ou parks, et faire ressortir les grandes lignes. A partir de là, on commence les esquisses du projet pour aboutir au final à un aménagement original, très fonctionnel et esthétique.






-De la même façon, ne vaut-il pas mieux appeler Team Payne ou Iou Ramps quand on veut l'assurance d'avoir un park bien fait ? Vu qu'ils sont a peu près les seuls à jouir d'une bonne réputation...
Une réputation, ça se crée en faisant du bon travail. On pourrait en citer d'autres : Grindline, Dreamland, Convic... etc, pour les parks béton et Iou Ramps pour les modules. Le point commun c'est que ce sont des skateurs aux commandes, d'où un bon projet.
Avec la même origine, nous sommes entrain de construire notre réputation.

Pour les procédures de construction, le système français est différent des pays anglo-saxon. En France, quand c'est une construction en dur, il y a une distinction juridique entre le concepteur (architecte) et l'entreprise de construction pour une question de mise en concurrence des entreprises. Passé un certain montant de travaux, les villes doivent missionner un maître d'œuvre (architecte) pour gérer le projet.

-En général, tous ceux qui fabriquent des parks, et même les skateurs tirent dans les pattes des concurrents, avec 2 arguments : les parks sont mal faits et les constructeurs s'en mettent plein les fouilles. Qu'est-ce qu'il y a de vrai là-dedans ?
A mon sens, il faut juger les résultats et les moyens qui ont permis d'y arriver. En observant les projets construits dernièrement en France, on peut observer des insuffisances de conception et de réalisation ou des dérives financières.

Dans le premier cas, celui du mal fait, il y a deux possibilités. Soit la conception est mauvaise ou pas optimale, soit la réalisation est loupée. Des fois c'est les deux...
Bien concevoir, c'est un métier et ça prend beaucoup de temps si on le fait à fond. Pour la construction, c'est la qualité du dossier de maîtrise d'œuvre et le suivi des travaux qui assure le niveau de qualité requis. J'espère que les références démontrent l'utilité d'un architecte maître d'œuvre spécialisé.

Pour le second cas, le financier, le vice est caché si on ne va pas regarder les dessous de l'affaire.
Avec du retard dû à plusieurs facteurs, le marché du skatepark en France est en train d'évoluer pour passer du module au skatepark béton. Cette évolution a été l'occasion pour des personnes (sans pratique du skate) de créer des entreprises commerciales vendant diverses prestations.

Certains « expert / consultant » collectionnent les casquettes afin de sortir la bonne quant il y a business. Ainsi, on les retrouve à la FFRS, au comité de normalisation AFNOR, dans les salons des maires....etc. D'accord, pourquoi pas ?
Mais quand ils se prétendent « maître d'œuvre », s'auto-attribuent des marchés car consultant pour une précédente mission, et attribuent le marché de construction au copain avec ses modules préfabriqués, ça fait beaucoup. Ce mépris d'une certaine éthique ou déontologie professionnelle, pousse à se renseigner sur certains projets et notamment sur le montant des travaux. Cette démarche de renseignement devrait être faite pas les skateurs qui souhaitent juger objectivement du rapport qualité / prix de leur skatepark.
Pour ma part, j'estime que faire payer les villes 2 à 5 fois plus cher que le coût normal de la construction, c'est arnaquer la collectivité à son profit personnel (voir le skatepark de la capitale à ce sujet).

Dans d'autres cas, il y a aussi la qualité du travail du maître d'œuvre qui fait la différence mais dans des mesures plus acceptables car il s'agit de compétences professionnelles et non d'escroquerie.

-Ce nouveau métier de consultant, à quoi sert-il ?
Bonne question... Peut être à complexifier des procédures qui ne sont déjà pas simples.
Il peut faire le lien entre les pratiquants et l'architecte si ce dernier n'y connaît rien, mais si un représentant des skateurs sait s'exprimer, c'est tout aussi efficace et plus rapide.

-A quelles étapes du projet le consultant intervient-il ?
Je ne sais pas trop. Pour notre part, on intervient dès l'origine du projet et des fois en étude de faisabilité pour déterminer le lieu d'implantation et le budget.





-Est-ce que c'est la mairie qui met toujours la main à la poche ou est-ce qu'on peut viser directement le conseil général ou régional ?
Directement avec les conseils généraux ou régionaux, c'est assez rare car c'est obligatoirement sur un terrain de la commune. Par contre que la commune sollicite leur aide financière pour un projet destiné aux jeunes, c'est tout a fait possible.

Il existe aussi l'intercommunalité ou communauté de communes qui peut permettre de rassembler un budget plus conséquent si c'est une petite ville seule.

-Y a-t-il des constantes dans ce que recherchent les mairies ?
Non, c'est assez différent. Certaines villes ont un budget à consommer avant une certaine date. Du coup, elles prennent un terrain quelconque, coulent un sol en goudron, achètent des vilains modules sur conseil d'un commercial spécialisé en « jeunes », pose une bonne grosse barrière autours, et le budget et claqué. Le résultat importe peut pour la ville et des pratiquant disent : « c'est mieux que rien » sans faire le parallèle avec ce qu'ils auraient pu avoir pour le même budget.

D'autres en revanche ont fait ou ont connu le résultat de la précédente expérience et souhaitent investir intelligemment dans un projet durable qui satisfera les pratiquants. Ce type de démarche est souvent issu d'une demande éclairée des skateurs. Du coup, on réfléchit bien le projet, on concerte les skateurs, et on cherche les meilleures solutions sur toutes les phases d'évolution du projet. Si le projet est bien encadré, tout le monde est satisfait au final.

D'autres villes (Annecy, Saint Rémy de Provence) sont encore plus exigeantes sur la qualité du projet, elles organisent des concours de maîtrise d'œuvre pour s'assurer de sélectionner le meilleur projet. C'est ce cas là qui est le plus favorable aux skateparks exceptionnels.


-Que faut-il comme arguments pour convaincre les pouvoirs publics locaux du bien-fondé d'un park ?
Cette question en soulève une autre sur laquelle il faudrait réfléchir longuement c'est-à-dire sur l'utilité sociale des pratiques sportives et ludiques autonomes, et notamment le skate. Vaste sujet.

Pour faire court, on peut dire qu'un skatepark est un équipement sportif très modeste en investissement, avec une valeur d'usage inégalable. Un espace bien aménagé est certes un super spot pour les pratiquants, mais c'est aussi un lieu de rencontre et de convivialité des jeunes en générales. C'est le lieu qui va permettre à certains jeunes de découvrir un amusement ou sport selon son appréciation, mais aussi une culture et tout ce qu'il y a de bon derrière.

Sur un registre plus pragmatique, c'est aussi le lieu où les jeunes vont s'exprimer, plutôt que sur la place de la mairie ou le parvis du bâtiment public avec les conflits d'usage que cette pratique peut entraîner pour les réactionnaires.

-De quoi dépend la construction du park ?
D'une décision du conseil municipal, c'est-à-dire de l'adoption d'une proposition émise par l'équipe municipale en place.

-Est-ce que échouer dans une ville condamne à tenter dans la ville juste à coté ?
Absolument pas, il faut même en faire un atout. C'est aussi à ce moment là qu'il faut envisager le regroupement de plusieurs communes pour la création d'un bon projet.

-Quel service doit-on contacter à la mairie, pour faire monter le projet ?
C'est le service des ports ou de la jeunesse souvent lié, qui est le plus à même de gérer ce type de projet. Après décision du conseil municipal pour lancer le projet, c'est l'architecte et les services techniques qui mènent le projet jusqu'à la livraison.

-Qui décidera en dernier ressort ?
Le maire de la ville.





-Peut-on jouer de leviers politiques pour influer sur une décision ?
Absolument, les politiques sont la pour ça, c'est leur finalité. Ils doivent répondre au mieux aux besoins de ces concitoyens. De toute façon, le bord politique de la municipalité en place n'a aucune importance, c'est juste une écoute attentive et un minimum d'intelligence politique qui fera que le projet se réalise ou pas, et bien ou pas.

-Ça peut être pas mal de sortir avec la fille du maire, non ? Et le fils ?
Les affinités avec les décideurs ne sont pas considérées comme un handicap majeur. Si tel est le cas, en faire profiter ses petits copains en faisant un lobbying pour obtenir un super skatepark. Les jeunes s'en souviendront au moment de glisser le bulletin dans l'urne...

-Vaut-il mieux jouer la carte de la structure semi-privée avec exploitation et rentabilité du park ou vaut-il mieux la jouer « service public » avec park extérieur gratuit ?
C'est au cas pas cas. Il est assez rare de trouver un investisseur privé pour financer un park (couvert et payant) car la rentabilité est assez illusoire. Il est donc souvent obligé que la collectivité intervienne financièrement pour soutenir la viabilité de l'équipement, d'où le partenariat public / privé en indoor. Ce n'est pas un espace public ou chacun peut aller quand il veut. C'est plus le coté sportif du skate que celui de la détente sur un spot. Pour ma part je préfère la seconde solution, extérieur et gratuit.


-Comment concilier un park bmx, roller et skate ?
En donnant suffisamment d'espace et de budget pour créer des formes capables de contenter les 3 activités. Un gros travail de conception est aussi nécessaire pour trouver des combinaisons judicieuses. On tente cette expérience actuellement sur le projet indoor de Marseille. Je pense que chacun y trouvera son bonheur.


-Est-ce une bonne chose d'accepter une partie des investissements s'ils sont privés ?
Par exemple Etnies avait proposé de payer une petite partie du futur skatepark parisien (l'arlésienne !) contre de la publicité sur le site. Et certains élus étaient contre.

C'est assez délicat. Faire intervenir le privé avec des droits sur un équipement public. Même si l'intention est louable, ça peut dériver avec le temps et devenir « antidémocratique » sur du long terme et associer directement le lieu du skate avec le monde commercial. Dans l'idéal, c'est mieux sans.

Mais je pense que le monde du skate devient assez mûr pour envisager ce type de coopération en gardant une certaine mesure. J'imagine qu'il y a des moyens pas trop agressifs pour concilier une marque authentique du skate et un beau projet. Ce serait une sorte de mécénat.

Pour le park de Paris, c'est le plus cher du monde et de très loin. Le coût des travaux finaux a été de 4,7 millions d'euros au lieu des 2,2 prévus initialement avec la toiture comprise !!? Soit plus de 1500 € / m². C'est totalement incompréhensible mais sûrement scandaleux. Pour cette somme, il aurait pu être fait 6 ou 7 skatepark géniaux dans la capitale. Je pense aussi que Etnies n'aurait pas été aussi crédule que les responsables municipaux parisiens et que sur cette base le partenariat était impossible. C'est toujours délicat d'investir quant tu sais que tu te fais mettre correct.


-Pourquoi ne pas faire un park entièrement privé, d'ailleurs ?
Il suffit de trouver l'argent, d'organiser la gestion et le fonctionnent. Certains ont essayés mais souvent avec beaucoup de difficultés.


-Quels sont les prix pour la construction d'un park ?
C'est plus une fourchette de prix, car le coût de la construction est variable selon plusieurs paramètres. On peut dire que pour une configuration streetpark c'est entre 160 et 260 € /m² et 300 / 400 € / m² pour du bowl. La aussi, les études de conception permettent de faire les bons choix constructif pour optimiser les coûts.


-Faut-il accepter ou refuser que la mairie choisisse l'entreprise de BTP qui va réaliser le park ?
C'est illégal passé un certain montant de travaux pour éviter les magouilles. En France, la construction passe par des appels d'offres. La ville doit obligatoirement organiser une mise en concurrence des entreprises pour sélectionner la meilleure. Pour une saine concurrence, le dossier doit être impeccable, aussi bien en plan qu'en texte, d'où l'utilité d'un architecte maître d'œuvre, impartial c'est-à-dire sans magouilles, et qui supervisera aussi les travaux.





-A partir du moment où le projet est voté, combien de temps ça prend pour fabriquer le park, s'il est en béton, disons ?
La aussi, c'est assez variable. Ça dépend de la réactivité des décisionnaires pour lancer la machine. A partir du moment où nous recevons l'ordre de service, il faut au mieux 6 mois pour inaugurer le park.

-D'ailleurs, vaut-il mieux militer pour un park en béton ou pour un park en bois ?
Tout dépend de l'implantation. En indoor, le bois si c'est bien conçu et construit, est tout à fait convenable.
Pour l'extérieur, il ne fait aucun doute que le béton est le meilleur matériau possible. L'origine du skate c'est le béton des pools, le béton des rues de SF... C'est l'environnement urbain par excellence. Il y a une question de sensation avec le béton, de franchise du matériau. Son adaptation formelle est sans limite. « Le béton c'est bon, mangez-en... » Skater des modules, c'est désolant à plusieurs titres.


-Est-ce qu'on arrive dans une ère où les skateurs vont forcément être évincés des projets au profit des bureaucrates, ou du moins d'acteurs généralistes ?
Surtout pas, c'est la base de l'édifice. Pas de bon skatepark sans skateurs, c'est mathématique.
Les premières générations de skateurs sont aujourd'hui des adultes insérés dans la vie culturelle et économique de leur ville. Ils sont impliqués dans les bons projets qui émergent en Frances. Les plus belles demandes viennent quand c'est des skateurs qui pilotent. La culture et le monde du skate ne doivent pas être bouffée par des acteurs généralistes avec la rentabilité financière comme motivation. J'espère que les nouvelles générations poursuivront sur la voie de l'indépendance et de l'authenticité.


-Qu'est-ce qui a changé dans ce domaine entre les années 90 et aujourd'hui ?
La maturité des skateurs qui on gardé passion et la motive pour s'investir dans les projets et tanner le cuir aux élus. Du coup, l'appréciation des responsables politiques évolue également car forcés de constater que ce n'est pas un « phénomène de mode » comme il était d'usage de le penser dans les années 90. C'est une activité qui s'installe durablement. Donc autant construire un projet bien conçu et durable. Ce sera notre joué pour quelques années encore et celui des générations futurs.

Les exemples étrangers sont aussi des références qui poussent vers le haut. Pour ma part, les meilleurs sont peut être : Aumsville, Lincoln City, Orkas (Oregon) et Winnipeg Canada et Stoke-on-Trent England pour le street.


-Est-ce que construire un park tue « l'essence du skate » (qui consisterait à skater dans la rue) dans une ville ?
La question mérite d'être posée. Pour ma part, je suis convaincu du contraire. Je m'explique : Tout dépend de la ville avant tout, si c'est une grosse agglomération avec plein de spots naturels partout et sans problème pour les skater, les streeteurs peuvent être rassasiés. Pour la courbe et le bowl, c'est plus problématique...

Si c'est une petite ville avec peu de spots, il est évident que la pratique quotidienne sur la place va être combattu par la municipalité... on voit débarquer les fics agressifs et les anti- skate. Je pense qu'il est préférable de trouver un compromis avec la ville pour obtenir un bon park bien conçu donc très riche en possibilité d'utilisation, en gardant un caractère urbain. Un espace de ce type permet de rouler tranquillement, de faire des soirée entres potes, des contests et surtout de progresser à son aise sur tout type de formes.

Ainsi, quand tu vas sur les spots naturels, tu ne squattes pas des heures, tu es efficace, tu va de spot en spot à des heures tranquilles et tu te fais super plaisir sans gêner les non skateurs. Quand tu voyages c'est aussi un plaisir de découvrir les spots et de rider la ville comme elle se présente. Quand tu tombes sur un bon park, c'est assurément des bonnes rencontres et un bon moment. Le skate est un formidable jouet quelque soit le support.




-Y a-t-il des exemples de parks réussis en France ? Et de ratés ?
Tout dépend du niveau de critique auquel on se place. Je ne suis pas fan du « c'est mieux que rien », dans ce cas je retourne dans la rue. Puisque c'est mon travail, mon regard critique sur ce qui se fait en France est assez aiguisé. Pour les réussis, le Nombeur One reste toujours Marseille, pour sa qualité architecturale et fonctionnelle, comme pour sa construction. Un grand bravo à l'architecte. Certes il manque le street, mais ce bowl a influencé pas mal de projet outre atlantique.

Il est décevant de voir que malgré un budget démentiel, ce qui vient de se faire à Paris soit très loin derrière. Le rapport qualité / prix n'est absolument pas comparable et l'esprit du lieu n'as rien à voir. Parmi les critères, il y a aussi l'esthétique et l'intégration du projet dans son contexte, ce qui fait encore défaut à beaucoup de projet actuellement. Construire un beau projet, ce n'est pas seulement positionner des modules les uns à coté des autres et basta. Faire beau et fonctionnel, ce n'est pas plus cher mais c'est mille fois mieux au final.

J'invite les lecteurs à consulter notre site web www.constructo.fr pour se faire une idée de notre travail dans ce domaine. Le prix des projets est indiqué, ce qui permet à chacun de pouvoir se faire une idée et de ne pas gober n'importe quoi.


-Comparativement à d'autres pays, est-ce qu'on peut s'estimer heureux ou est-ce qu'il faudrait qu'on se bouge la graisse ?
Non, malheureusement on ne peut pas s'estimer heureux. Il y en en France des lourdeurs administratives, des esprit réactionnaire, un fort lobbying des fabricants de modules et des commerciaux soit disant « expert » qui tente de monopoliser les projets. La finalité de ces acteurs n'est pas de contribuer au bon développement de cette culture, c'est simplement la rentabilité qu'ils vont en faire. Les meilleurs park dans le monde, c'est la passion des skateurs qui en est à l'origine.

Le meilleur exemple sur ce point est Burnside à Portland. Je souhaite vivement que ce soit ce coté là du skate qui perdure. C'est aussi pour cette raison que j'aime le skate. Alors oui, les skateurs doivent prendre leur destin en main, c'est-à-dire se bouger la graisse quand c'est le moment, savoir saisir des opportunités, être tenace, responsable et ne pas gober le discours des pseudo « expert / consultant ». C'est en respectant les valeurs du skate que le skate doit évoluer.

Dossier: pif.
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