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ITW de Renaud Cardinal

surf matos
présentation du shaper






Renaud Cardinal a accepté d'être notre consultant shape/technique malgré son emploi du temps très chargé. Une référence du shape européen rien que pour nous. Du précis, du pointu, donc pas toujours évident à suivre mais passionnant. Profitons-en, c'est pas tous les jours qu'un (excellent) shapeur consent à lâcher ses infos, ses petits secrets...

Renaud Cardinal par lui-même : 33 ans, né à la Rochelle où je vis toujours, en couple, 2 enfants, une petite fille, Lou, et un petit garçon, Pieter (qui est né il y a quelques jours : félicitations aux heureux parents ndlr !).

J'ai commencé le surf vers l'âge de 12 ans avec mon père. Le problème était que sa Barland pesait dans les 15 kilos, et comme nous surfions la Côte sauvage de Royan, il fallait se taper 20 minutes de marche en forêt et dans le sable... Arrivé sur la plage, j'étais épuisé ! En plus, comme la planche n'avait pas de plug de leash, je passais plus de temps à nager pour la récupérer qu'à surfer ! Rapidement, mon père et moi avons décidé de me fabriquer une planche adaptée à mon gabarit : je pense que c'est à ce moment-là que tout a commencé.

J'ai donc shapé très tôt -les pires planches !-, mais le truc a vraiment démarré à mes 17 ans. Alors que j'étais encore au Lycée, nous avons créé l'entreprise UWL avec mon frère Thomas. UWL existe donc depuis 16 ans.




RD : On a parfois l'impression que les planches ont moins évolué ces 15 dernières années que les 15 années précédentes (75-90), en tout cas en ce qui concerne le shape proprement dit. T'en penses quoi ? Stagnation relative due à un certain plafond notamment par rapport au thruster, qui n'aurait guère évolué ?

RC : disons que l'avènement du thruster (planche à 3 dérives) a vraiment ébranlé l'establishment. En réalité, même si le design était révolutionnaire à l'époque (début des années 80), le thruster a mis pas mal de temps à s'imposer, sur la côte atlantique notamment. Il a fallu que son inventeur, l'australien Simon Anderson gagne des compètes dessus chez lui et à Hawai pour qu'il se démocratise. Le fait que les pratiquants et shapers étaient peu nombreux à l'époque a fait que les choses ont pris du temps.

Aujourd'hui la donne a changé : regarde avec quelle vitesse le quad (design à 4 dérives) s'est propagé...
Donc en fait le thruster était en concurrence avec d'autres designs comme que le twin (2 dérives) ou le single (1 grande dérive) et les Frères Campbell avaient déjà développé leur fameux bonzer (5 dérives)... Ces boards ne sont pas devenues obsolètes du jour au lendemain, d'ailleurs aujourd'hui elles ne le sont toujours pas et représentent une vraie part de marché.

Aujourd'hui, on pourrait peut-être avoir l'impression que le shape stagne mais c'est faux : en réalité on a opéré une synthèse des connaissances acquises par le passé et on a réalisé beaucoup de mises au point. Regarde les bottom shapes par exemple (les carènes, dessous de la planche ndlr)... ils se sont considérablement développés et diversifiés toutes ces dernières années : simple, double, triple concave, EEV (Vé inversé) et bien d'autres configurations sont apparues...




RD : Le milieu du shape est traditionnellement présenté comme « conservateur », notamment à propos des matériaux et des techniques de shape utilisés. Tu penses que le surf est en retard de ce côté-là, notamment par rapport au wind (et au kite), où la technologie sandwich sous vide est utilisée depuis le début des 90 ‘s ? Selon toi quelles sont les raisons de ce relatif conservatisme, toi qui es réputé pour justement être ouvert aux innovations technologiques ?

RC : Vaste question ! Je dirais que oui, le milieu est conservateur car le shape est une vieille industrie (par rapport aux autres sports de glisse comme le windsurf ou le kite ndlr) et que les changements dans un secteur qui a ses habitudes ont du mal à être acceptés. C'est dans la nature humaine ...Surtout quand le PU (mousse polyuréthane classique) marche très bien !
Maintenant, puisque tu fais la comparaison avec le wind et le kite, ces industries là ont choisi de virer direct vers la production de masse, « made in Asia, low cost but High tech »... La technologie sandwich « high core » (avec mousses haute densité ndlr) est longue à mettre en œuvre, mais il est vrai que le produit final a une longévité importante.

Ces paramètres tiennent aux contraintes propres à ces sports : des airs à 10 mètres de haut demandent des matériaux différents de ceux dont le surf a besoin ! Maintenant, vois le résultat : une industrie de gros sous, uniquement de série, mondialisée. De plus d'une marque à l'autre les designs sont relativement similaires car ces planches sont souvent fabriquées dans la même usine...

Bref : ce n'est pas que les shapers de surf soient « en retard », c'est tout simplement que le PU+résine polyester est ce qui convient le mieux à notre sport. On a tout essayé (sandwich haute densité+résine époxy, EPS+époxy, XTR2....) et au final les riders reviennent toujours à la board classique, en mousse polyuréthane+résine polyester !!!




RD : Que penses-tu des planches de série comme les Surftech, les Salomon etc... ? Penses-tu que ces planches vont « enterrer » le shape fait main ou du moins artisanal ? Quelles sont pour toi les conditions nécessaires à la survie du shapeur local ? Enfin, croies-tu que le 100% handshape soit encore viable en 2007 ?

RC : Pour ce qui est des planches Salomon (les fameuses « blue boards »ndlr), l'aventure est terminée puisqu'ils ont arrêté leur production depuis quelques temps déjà. S'agissant de SurfTech, Aviso, Placebo, Resin8 : je dois avouer que leur process de fabrication est incroyable. Nous faisons du sandwich mais c'est extrêmement long à produire. Eux ont réussi à mettre au point une technique infaillible, rapide et précise : félicitations.

Maintenant, je persiste à dire que pour moi cette technologie « windsurf » ne convient pas au surf.

Alors je ne pense pas que ces produits puissent enterrer les shapeurs, d'ailleurs, depuis que ces boards de série existent, l'activité de notre atelier n'a cessé d'augmenter ! Nous, on fait du custom, du sur-mesure et c'est ce que veulent nos clients. C'est aussi simple que ça : NO SERIES ! Rien ne peut remplacer l'écoute du shapeur, son expérience.
Ceci dit, cela ne signifie pas qu'il ne faut pas utiliser les nouvelles technologies, au contraire ! Pour répondre à ta question sur la viabilité du 100% fait main, je dirais que cette option est possible pour des « légendes » du shape avec des clients prêts à mettre le prix pour acquérir un objet rare. Quant au shapeur de planches « hot dog » (planche de tous les jours ndlr), c'est l'inverse : s'il ne travaille pas un minimum avec des machines, aujourd'hui, il n'aura que peu de crédibilité...




RD : Et les planches « chinoises » ?

RC :L'artisan chinois fait ce qu'on lui demande avec sa propre vision du surf. Ne surfant pas, il ne voit pas certaines aberrations dans les shapes qu'on lui demande de reproduire .Le problème c'est l'exploitation que certains en font, et la vie qu'on leur offre.

RD : Te considères-tu encore comme un artisan ? Ou tu es à mi-chemin entre l'industrie et l'artisanat ? A partir de quand peut-on vivre décemment du shape ?

Je me considère comme un artisan. Nous sommes quatre en prod et les personnes qui bossent avec moi sont de véritables maîtres artisans. Nous faisons tout ce que le client désire (dans la mesure du possible) : on latte nous-mêmes certains pains avec des lattes particulières (Balsa Red Cedar, Bamboo, Color Glue), on peut faire des triples lattes avec du sandwich haute densité, jusqu'à l'aileron glassé assorti au « tint job ». Le client est informé en temps réel de l'avancement de sa planche (par mail ou sur son portable) : on ne peut pas faire plus !

Pour vivre décemment du shape, il faut en faire un paquet avec une équipe restreinte pour limiter les charges, ou même bosser tout seul...Ou encore tout délocaliser en Chine (je plaisante !).

RD : Le fait d'être installé à Angoulins (près de la Rochelle) t'as t-il pénalisé dans ton développement par rapport aux shapeurs du Sud-ouest ?

RC : La Zone Artisanale d'Angoulins ne sera jamais la ZA de Pédebert pour sa concentration de shapers au m², ce qui réduit l'émulation, c'est vrai. Mais le fait d'être éloigné de 350 kms du « panier de crabes » me procure une certaine détente : libre penseur et sans pression. Bref, être excentré c'est que du positif pour moi.

RD : Tu utilises donc des machines à shaper. Quel est pour toi l'apport de cette technologie pour le « consommateur » ? Quel a été le déclic vers cette technologie pour toi ?

L'apport des machines à shaper est énorme : tu peux reproduire à l'identique une planche si un client le désire ou faire évoluer seulement un paramètre sans toucher aux autres. C'est impossible pour du 100% fait main. Le client hérite d'une précision de travail habituellement réservée aux pros, la garantie d'une qualité constante fidèle à leur style de surf, de planches en planches.

Le déclic est venu des exigences de mon team (entre autres le tahitien Kévin Johnson, le Guadeloupéen Arthur Bourbon les longboardeuses Justine Dupont et Coline Ménard ou plus récemment le réunionnais Adrien Rapp ndlr...). Les pros veulent toujours mieux, que leur prochaine planche marche mieux que la précédente. Et comme la reproduction manuelle est impossible, ce qui est frustrant pour le surfer et le shaper, on est passé à l'acte il y a 3 ans.

Nous utilisons une DSD (comme Pukas, Lost, Arakawa, Rusty, T&C etc...) et une KMS 3300 (utlilisée également par RT, Xanadu, Pollen...). Ce sont des machines assez faciles à utiliser et précises, mais elles ne shapent pas le rail. Je pense changer pour une nouvelle bientôt, je t'en reparlerai...

Merci Renaud à bientôt

RD


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