Les temps changent, pas les médias anglo-saxons... Ni l'ASP. Etat des lieux et grosse colère.
INTRO : TOUS EN CHOEUR : « les brésiliens, peuple basané aux origines obscures, sont envahissants, bruyants et, pour la majorité d'entre eux, sont issus de milieux très pauvres, voire sortent carrément de la favela où ils sniffaient de la colle avant de se mettre au surf par pur opportunisme. Les brésiliens ont un style de surf agressif et saccadé et ne surfent correctement que lorsque les vagues font 2 pieds, et encore, à condition qu'un petit vent on-shore pourrisse le plan d'eau, comme ça ça ressemble à leurs beach breaks de 2nde zone. Les brésiliens, parce qu'ils sont enragés (et méchants : ils font tous du Jiu Jitsu... brésilien) et n'ont pas forcément eu suffisamment à manger quand ils étaient petits, réussissent relativement bien en compétition compte tenu de leur faible technique (c'est paraît-il culturel) mais sont tellement peu gracieux sur leur planche (qu'ils partagent en général à 12) qu'il ne viendrait à l'esprit de personne de leur donner une part dans une vidéo (sauf une vidéo brésilienne bien sûr). Les brésiliens ne savent pas tuber. Les brésiliens ne carvent pas, ils font l'essuie-glace. Les brésiliens sont prétentieux et nationalistes : ils « claiment » à tour de bras en série. Les brésiliens en voyage, ça devrait être interdit par les conventions internationales tellement leurs débarquements à minimum 450 personnes sur les plus beaux breaks du monde se rapprochent plus du chaos provoqué par un nuage de cricket sur un champ de maïs africain que de la pratique sportive sociable, policée, et même partageuse propre aux américains et autres anglo-saxons tellement ils sont blonds tellement ils sont civilisés tellement ils sont tolérants et humbles. Enfin, les brésiliens portent tous des strings-brésiliens- sous leur boardshort de contrefaçon et sont dopés aux anabolisants ». Voilà en (très) gros ce qu'on peut entendre au café commerce du surf mondial sur les surfers brésiliens.
LE CONSTAT : Les brésiliens, c'est donc un peu les « arabes » du surf mondial.
Rappel : le zappage de l'étape brésilienne du WT l'année dernière. Ils ont dû être contents les fans, les sponsors ! L'ASP n'a rien trouvé à y redire, pourtant elle avait le pouvoir de sanctionner les surfers ignorant l'étape brésilienne par simple commodité. Jamais les pros (les européens étaient là par contre) n'auraient osé faire une telle chose avec une étape WT en Australie ou aux States.
De la même façon, alors que je faisais le tour du net pour trouver des informations évidemment confidentielles à vous livrer en pâture sur l'épilogue du Quiksilver Goldcoast Pro remporté par Joel Parkinson contre le brésilien Adriano De Souza, je me suis une fois de plus heurté à cette réalité (taboue?) du monde du surf : le complexe de supériorité des anglo-saxons envers les surfers cariocas. De là à dire qu'une grosse partie des surfers américains et australiens sont des bas du front ethno-centrés, il n'y a qu'un pas qu'on pourrait allègrement franchir après avoir lu d'une part les reports des plus gros médias surf anglo-saxons et, d'autre part, les nombreux commentaires peu amènes à l'endroit des « Zillas » en provenance des internautes issus de ces mêmes contrées.
Déjà, j'avais trouvé un peu singulier le fait que notre sacro-sainte ASP ne dise quasi pas un mot de la performance d'Adriano De Souza dans ce Quik Pro (mais ils ont publié une photo de lui tout de même), alors que toutes leurs news sont construites à l'identique sur un modèle qui a priori ne laisse pas de place aux considérations subjectives. Par exemple, au stade des demi-finales , chaque demi-finaliste a droit à un paragraphe relatant son parcours dans la compète avec citation de l'intéressé genre « I-am-stoked-my-training-is paying-off-but- Andy-Slater-surfed-so-good, et bla et bla »... Adriano explose le n°2 mondial Bede Durbridge en quart après avoir défait le n°12 F. Pattachia ? Pas un mot. Il annihile le n°3 Taj Burrow en demi ? On rédige vite fait un truc sur l'étonnante contre-perf de l'australien et c'est à lui qu'on donne la parole : et Burrow d'insister sur sa « malchance »... Bizarre. Parano ?
Un peu avant, j'avais maté les résumés des séries (« heats on demand ») sur le site Quik mais ne trouvait pas sur les vignettes le nom d'Adriano en quart. De plus, la vidéo de son 1er tour coupe à sa 1ère vague, une fois qu'on a vu ses adversaires. Par contre zéro bug pour les autres. Parano again ?
Puis je m'empresse de visiter mon site préféré, Surfingthemag.com, la version internet du plus célèbre surfmag américain (et donc du monde puisqu'ils sont les plus forts). Un certain Stuart Cornuelle est en charge du report quotidien, il est sur place, le veinard. J'avais déjà assez peu goûté un de ses précédents « reports » où il ironisait sur le fait que Jihad Khodr ne soit pas encore éliminé(« Khodr is still in, whadya reckon ? »).
Le summum de la malhonnêteté intellectuelle fût atteint avec l'article final de ce même pseudo-journaliste sur le dernier jour de compétition et la victoire de Parko. PAS UN MOT sur Adriano De Souza.
Par contre, on glosa largement sur la « performance pathétique de Taj ». Il faut savoir que Taj Burrow, surfer des plus sympathiques au demeurant, n'avait scoré que 4 ou 5 points contre près de 16 pour De Souza. Et quand on sait que les brésiliens sont systématiquement sous-notés par les juges quand ils sont opposés à des anglo-saxons, stars de surcroît, on réalise la rouste prise par Taj. Là, bien que pas spécialement brésilianophile, j'ai pété le plomb et ait lâché un comment plus qu'acerbe sur le caractère anti-journalistique de la bafouille tenant lieu d'article et la discrimination dont sont victimes les Brésiliens. S'en suivirent moult posts enflammés d'internautes vomissant leur haine (en anglais) des « hordes de rats » de « Zillas » (diminutif péjoratif désignant les brésiliens)qui ne méritent pas le respect et surfent comme des merdes.
Heureusement, quelques autres « comments » soulignant le manque d'objectivité de Cornuelle, émanant évidemment de brésiliens mais surtout d'anglo-saxons pourvus de cerveaux et d'un tantinet d'éducation. Certains d'entre eux se révoltant même et lâchant le gros mot : « racisme », pour mieux appuyer là où ça fait mal.
Puis, réalisant le caractère honteux de la couverture de l'évènement par Surfing, le rédacteur en chef prit lui aussi la parole pour s'excuser platement et clamer son admiration pour De Souza.
Et, de façon très courageuse et intègre, « Jimmicane » (Jimmy Wilson), un autre journaliste de Surfing, publia dans la foulée un article incendiaire (« That's Bullshit ! »)
pour dénoncer le traitement réservé aux surfers brésiliens dans les médias US et australiens et faire un gros mea culpa...
De Souza ne sait pas surfer
OUF, ON RESPIRE
...Avec cet excellent article qui rassure sur la capacité des surfers anglo-saxons à se remettre en cause et à dénoncer les préjugés dont sont victimes les cariocas. Jimmicane pourfend les clichés et n'y va pas par quatre chemins, citations tirés des surfmedias à l'appui : soit on tait les bonnes perf des brésiliens, en l'occurrence De Souza, soit on les minimise (ex : les vagues étaient pourries donc le brésilien était avantagé), soit plus rarement on fait mine de les complimenter mais toujours de façon paternaliste et condescendante. C'est vrai et c'est pas nouveau. De la même manière, ça a toujours été un truisme de dire que les brésiliens ont un sale style, par exemple (pour la liste complète des horreurs, se reporter à l'intro).
POURQUOI UNE TELLE SOUS-ESTIMATION ?
« Pas de fumée sans feu »vous dira Roger Grocu, du café commerce cité plus haut. Un proverbe de crétins certes, mais pas 100% dénué de vérité. Quoique.
--- Il est vrai que les brésiliens voyagent parfois en grand nombre et que cette situation peut créer des conflits au line-up. Mais Il est vrai également que beaucoup d'américains et d'australiens pensent être propriétaire du monde, en tout cas de ses surfspots, surtout s'ils ont été mis à jour par des blondinets en vadrouille dans les 70's (Bali par exemple). Personnellement, le plus gros con que j'ai jamais vu en voyage était un californien de 50 balais avec son longboard. Il faisait le local à Impossible's (Bali) et s'est bien fait calmer par tout le monde, brésiliens y compris.
--- Il est vrai qu'il fût un temps où les surfers brésiliens du World Tour ne possédaient pas les styles de surf les plus académiques qui soient. Je me souviens avoir assisté à une série à Hossegor dans les 90's où Peterson Rosa surfait affreusement, un pied à l'arrière de la planche, l'autre à l'avant, avec des mouvements parasites des bras et les jambes raides. Il est incontestable aussi que les brésiliens sont des tueurs en compétition, ne lâchent rien, et surfent mieux les petites vagues que les grosses, dans l'ensemble. OK, mais De Souza n'est pas responsable de cet état de fait et a un beau style, qui s'affine d'années en années tout en restant particulièrement explosif. Et que dire de Bruno Santos, le brésilien qui a battu Manoa Drollet en finale à Tahiti l'année dernière ? Et Carlos Burle, c'est un mickey ?
Et il est vrai également que Gary Elkerton, top surfer australien des 90's, était parfois capable des pires approximations stylistiques, avec les bras en moulinet après chaque turn et un stance à la P. De Rosa. A-t-on craché à la face du surf australien pour autant ?
--- Il est vrai que le Brésil n'a pas été en mesure d'aligner un potentiel champion du monde jusqu'à l'avènement d'Adriano. Ben ouais, Paris ne s'est pas faite en un jour et il faudra également un peu de temps aux européens pour revendiquer un champion du monde. En attendant : De Souza est un surfer majeur avec un palmarès édifiant pour son jeune âge. Ce type a été le plus jeune champion du monde junior ASP en 2004 (il avait 16 ans et a battu S. Cansdell en finale, de 4 ans son aîné). En 2005, Il a gagné le circuit WQS avec le plus gros écart de points jamais constaté. Depuis son accession sur le Tour, il est en progrès constant et signe en 2008 une 7ème place historique après avoir trusté le top 5 quasiment toute l'année.
Alors, quand il atteint sa première finale à 22 ans, il assez pourri d'insinuer voire de dire carrément que c'est un coup de chance. C'est au moins du chauvinisme déplacé, au pire de la discrimination.
--- A propos de Jihad Khodr :
Il est vrai que s'appeler Jihad Khodr, par les temps qui courent, c'est pas gagné, surtout quand on doit voyager. M'enfin ! Il n'y est pour rien le pauvre Khodr, si ses parents d'origine libanaise en ont fait le premier et seul musulman du WT ! Déjà, le pauvre s'était fait refoulé à la frontière américaine l'année dernière et n'avait pu surfer Hawaii et éventuellement se requalifier via le WT (il avait déjà été refoulé à Washington 3 ans auparavant), sans aucune raison avancée par l'administration américaine. Même si les surfers US n'ont pas forcément la vision Bushiste de la sécurité nationale (KS par exemple a largement fait part aux médias de son vote démocrate), personne ne s'est ému dans les surfmédias du sort fait à ce surfer affublé du pire prénom qui soit dans le contexte international actuel. Au contraire, il semble que la chose ait beaucoup amusé.
Et pourtant, n'est-il pas rassurant et même plaisant que des musulmans puissent partager la même passion que des chrétiens ou des juifs ? Jihad a grandi en prenant Taj Burrow comme modèle, qui n'est pas exactement un ayatollah... Et puis les ricains et leur Christian Surfers qui ne sont rien d'autres que des intégristes dangereux et sectaires tentant d'infiltrer les surfers à des fins d'évangélisation (voir « l'effet papillon », Canal+, sur les CS, c'est "terrorisant", ex : « Si Obama est élu, le monde devra se convertir à l'Islam et sera la fin de la civilisation » dixit un des responsables des CS), ne devraient pas trop la ramener.
Contrairement à CJ Hobgood, un croisé de 1er ordre, Jihad ne semble pas faire de prosélytisme religieux. L'Europe devrait-elle refouler CJ à ses frontières comme un ennemi de la laïcité républicaine ? Tapez « Jihad Khodr » sur votre moteur de recherches et vous verrez à quel point ce type a été la cible de toutes les moqueries de la part de médias anglo-saxons depuis quelques temps... C'est tout simplement surréaliste.
***Alors, pourquoi un tel mépris envers les brésiliens ? Les européens subissent-ils les mêmes quolibets ?
--- Un certain nombre de politologues, d'économistes ou encore de spécialistes des religions affirment que les sociétés se radicalisent et s'arcboutent sur leurs « valeurs » quand elles sentent que leur domination vacille. Par exemple, Emmanuel Todd avec « La Fin de l'Empire » décrit très bien ce phénomène avec le regain d'agressivité de l'Amérique républicaine sur la scène internationale alors que paradoxalement son activité économique réelle s'écroule (voir la dette colossale et les déficits commerciaux abyssaux des States). Le même phénomène est décrit avec la radicalisation actuelle des sociétés musulmanes. L'intégrisme ne serait qu'un dernier soubresaut, un baroud d'honneur des fondamentalistes constatant la montée de l'universalisme et l'occidentalisation- relative- des peuples musulmans dans le monde. Et bien, au petit niveau du surf pro, on pourrait dire que le phénomène est transposable : les anglo-saxons assistent impuissant à la montée en puissance des brésiliens et des européens, sentent que le truc va bientôt leur échapper et se crispent. Ils refusent l'inévitable. Ils se radicalisent et se ferment. C'est une crise paroxystique et les choses rentreront dans l'ordre quand Adriano (ou Jérémy) sera champion du monde, ce qui semble inéluctable à moyen terme.
---Les européens sont-ils traités de la même façon que les brésiliens ?
Non. Pour plusieurs raisons qui n'en sont en réalité qu'une.
Premièrement parce que nous appartenons au même monde que les anglo-saxons : blancs (dans l'ensemble) et riches (dans l'ensemble).
Deuxièmement, parce que l'Europe est LE nouveau marché du surf et qu'il faut soigner les ténors de l'Euroforce pour vendre du boardshort et du lycra, y compris dans des coins où il n'y a pas la mer. Nous représentons une force économique dont le marché mondial du surfwear a plus que besoin. Cela peut être une des explications de la généreuse wildcard octroyée à Marlon Lipke (hormis son indiscutable talent) pour le WT 2009 : pénétrer un peu plus le fabuleux marché allemand.
Troisièmement parce que l'Europe a Jérémy Florès et que ce dernier a été adoubé par Quiksilver et Kelly Slater et a passé la moitié de sa vie en Australie. Jérémy est un citoyen du monde mais c'est surtout le plus anglo-saxon des européens. Jérémy n'est pas (plus) sous-noté par les juges, au contraire. Ces derniers le connaissent depuis des années.
Ceci dit, on se souvient du silence relatif des médias anglo-saxons quand Florès a décroché le titre de Rookie of the year 2008 alors que lorsque Kai Otton (Australie) était encore en position de lui souffler le titre, ces mêmes médias ne parlaient que de ça.
Quatrièmement, on peut penser que les « euros » font moins peur aux surfers du WT que les brésiliens, qui ont plus d'expérience que nous et peut-être plus de gniac...
Il faut néanmoins relativiser : Tiago Pires a fait l'objet l'an dernier d'une campagne de moqueries dans les médias anglo-saxons. On a pu lui reprocher de « surfer moins bien que Carissa Moore dans les petites vagues » et d'avoir un style pas joli. Tiago leur a fermé le clapet en beauté en 2008 en étant le seul surfer du Tour à avoir battu Slater en série, dans des vagues solides et parfaites qui plus est, à Bali. Tiago a clairement démontré que son classement 2008 ne reflètait pas son talent et que c'est un des tous meilleurs chargers et tuberiders du monde. De plus, c'est peut-être le surfer du Tour 2009 qui déplace le plus d'eau dans ses turns. Tiago est encore sous-évalué mais sera à coup sûr le prochain M. « Power Surfing » du WT.
Michel Bourez, polynésien, est considéré avec les mêmes égards qu'un hawaiien et il a calmé tout le monde à Haleiwa l'année dernière. Il a définitivement acquis le respect voire la crainte de ses pairs anglo-saxons.
Micky Picon ? Il n'a jamais été vraiment pris au sérieux et pourtant, avec sa 21 ème place en 2008, ils feraient bien de se méfier... Idem pour Aritz, les résultats sur le WT 08 en moins mais une belle 9ème place à Pipe l'a fait sans doute sortir de son placard médiatique.
Enfin, Tim Boal. Il est l'un des rares avec Jérémy à susciter l'enthousiasme des anglo-saxons. D'abord, il est d'origine irlandaise par son père, ce qui le rapproche des ricains et autres aussies. Ensuite, son style de surf à la Shane Beschen en fait un surfer apprécié des puristes. J'ai même entendu plusieurs fois les live webcasts qu'il était le surfer européen doté du plus beau style. Je suis assez d'accord, même si Florès est lui aussi un styliste hors-pair.
Voilà, la conclusion de tout cela est l'affirmation de la fin de la bipolarisation du monde du surf. Aujourd'hui chaque région de surf est une région majeure et chacune d'entre elle a ses têtes de proue, même si les américains et autres australiens tiennent toujours le haut du pavé avec un plus grand nombre de surfers capables d'être champion du monde.
En attendant, on va faire un peu de chauvinisme et rappeler que ça fait 2 ans qu'on nous rabat les oreilles avec Dane Reynolds (USA) et Jordy Smith (ZAF) et que jusqu'à preuve du contraire notre Florès national fait bien mieux sur le WT, sans qu'on le mette au même niveau dans les médias anglo-saxons.
Bon surf à tous
PS : à l'heure où je mets en ligne ce sujet, les commentaires sous l'article "That's Bullshits" ont franchement tourné en faveur des brésiliens et Surfing vient de sortir un sujet sur De Souza. Comme quoi, un bon coup de gueule n'est pas inutile.
Mots et montage : Zed, image : Seb Huruguen/destroyteam.fr
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